Devenir riche : faut-il (vraiment) utiliser le levier financier ?

levier financier EFP

Outre-Atlantique, les gourous des finances personnelles ne sont pas d’accord.

D’un côté, vous trouvez Dave Ramsey.

Le gars qui vous dit qu’en remboursant vos crédits, en évitant d’en contracter de nouveaux, en vivant en dessous de vos moyens et en épargnant gentiment votre argent sur votre 401(k) – le plan d’épargne retraite par capitalisation largement répandu aux US – vous deviendrez riche dans 20 ou 30 ans.

D’une certaine manière, on ne peut pas vraiment lui donner tort.

En matière de finances personnelles, le bon sens est implacable.

Oui, il vaut mieux éviter de vivre à crédit ou à découvert en se payant des trucs hors budget.

Oui, pour économiser et se constituer un capital, il faut mettre de l’argent de côté et donc vivre (un peu) en-dessous de vos moyens.

Oui, en épargnant votre argent et en alimentant un compte d’épargne retraite, vous faites travailler votre argent qui vous le rendra généreusement plusieurs dizaines d’années plus tard grâce à la magie des intérêts composés.

Le discours de Dave Ramsey est direct et très simple à comprendre. L’endettement, c’est mal. L’épargne, c’est bien.

De l’autre côté, vous trouvez Robert Kiyosaki.

Le gars qui vous dit que vous ne devez pas travailler pour l’argent (mais pour acquérir des compétences), que vous avez le droit d’utiliser l’endettement (pourvu que vous vous en serviez pour acquérir des actifs) et que vous feriez mieux d’investir votre argent plutôt que de l’épargner.

Parce que les plans d’épargne retraite, c’est bien gentil. Mais ça nourrit grassement l’industrie financière en frais en tous genres. Pour ce qui est du rendement en revanche, le petit épargnant – lui – repassera dans une autre vie.

Oui, les études montrent que les millionnaires ont d’abord fait le choix de suivre leur vocation AVANT de vouloir devenir riche. Et cela leur a plutôt bien réussi.

Oui, l’utilisation de l’endettement peut être une très bonne idée pour acquérir des actifs et se constituer un patrimoine efficacement sans mettre un centime de votre poche.

Oui, privilégier l’investissement à l’épargne permet le plus souvent d’obtenir des rendements largement supérieurs et de gagner son indépendance financière beaucoup plus rapidement. Et le temps, c’est de l’argent.

Le discours de Kiyosaki est un peu plus élaboré. Les financiers s’enrichissent en empruntant – et ils gouvernent le monde – alors plutôt que de les jalouser ou de les envier, faites comme eux et enrichissez-vous.

On pourrait en conclure un peu (trop) rapidement que Kiyosaki est un génie et que Ramsey est dépassé. Et dans le contexte actuel, ce n’est sans doute pas totalement faux.

La vérité, c’est que votre stratégie d’enrichissement dépend du contexte économique et financier dans lequel vous vous trouvez. Et ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus forcément demain.

Le problème quand on refuse d’utiliser le levier financier dans un contexte économique et financier de taux bas comme c’est le cas actuellement, c’est qu’on accepte de voir les débiteurs rembourser leurs emprunts en monnaie de singe – puisque le coût du crédit baisse progressivement – pendant que notre épargne ne rapporte plus rien.

Les taux bas, c’est une bonne chose quand on est surendetté. Car on rembourse pour moins cher l’argent qu’on a emprunté plus tôt.

Mais c’est beaucoup moins sympa quand il s’agit de faire travailler son épargne. Une assurance-vie qui rapporte du 2.5%, ça ne fait pas vraiment rêver, si ?

Le problème quand on raisonne uniquement en terme d’épargne, c’est qu’on n’a pas 36 possibilités. Soit l’épargne rapporte et c’est tant mieux. Soit elle ne rapporte pas et c’est tant pis.

On se lance parfois à la recherche de placements plus rémunérateurs mais aussi beaucoup plus risqués et on préfère se mettre des oeillères car on trouve la rémunération servie attractive. Inutile de préciser que le retour à la réalité est bien souvent très douloureux.

Bien sûr, le levier financier comporte lui aussi ses propres risques.

Une remontée subite des taux et votre emprunt risque de vous coûter beaucoup plus cher si vous avez eu le malheur de choisir un taux variable.

Une vacance locative trop longue et il vous faudra rembourser les mensualités de votre emprunt immobilier en y allant de votre poche.

Un locataire récalcitrant (et malhonnête) et il vous faudra là aussi rembourser les mensualités de votre emprunt immobilier en y allant de votre poche.

Mais ce que vous devez comprendre, c’est que vous ne pouvez pas décider de ne pas suivre une stratégie d’enrichissement en vous basant uniquement ce qui risque de se produire (et ne se produira peut-être jamais).

Chaque stratégie d’enrichissement comporte ses propres limites et ses propres risques qu’il convient de prendre en compte et de maitriser. Mais cela doit se faire à un deuxième niveau de décision, une fois votre stratégie d’enrichissement choisie.

Pour résumer, disons que votre prise de décision doit suivre le modèle suivant :

  • Contexte économique : les taux sont bas (comme c’est le cas actuellement)
  • Conséquence(s) : l’épargne ne rapporte rien et le crédit est bon marché
  • Stratégie d’enrichissement : Robert Kiyosaki
  • Risques et limites (à envisager une fois la stratégie choisie) : remontée des taux, vacance locative, locataire mauvais payeur, appétence au risque de l’investisseur, etc.

Ou encore :

  • Contexte économique : les taux sont hauts
  • Conséquence : l’épargne rapporte et le crédit est cher
  • Stratégie d’enrichissement : Dave Ramsey
  • Risques et limites (à envisager une fois la stratégie choisie) : baisse des taux, horizon de temps (très) long, nécessité de générer une marge brute d’autofinancement conséquente, démotivation, etc.

Bien souvent, votre stratégie d’enrichissement ressemblera à un mélange de Kiyosaki et de Ramsey. Car dans la pratique, tout n’est pas tout blanc ni tout noir.

Mais c’est aussi ce qui fait le charme de l’indépendance financière, non ?

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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