Êtes-Vous Prisonnier du Monde Moderne ?

« Il y a des prisons qui ont des barreaux, de solides barreaux qu’on voit et qu’on peut scier. Et celles qui en ont d’invisibles qu’on ne peut saisir et secouer de rage, tandis que souriant on vous dit : mais vous êtes libres, la porte est ouverte, vous pouvez sortir… » – Claude Buffet

Le prisonnier dans l’allégorie de la caverne de Platon

Si votre parcours scolaire s’est poursuivi jusqu’au baccalauréat, il y a de fortes chances que vous ayez entendu parler de l’Allégorie de la caverne que Platon expose dans son Livre VII de la République.

Pour rappel, cette allégorie met en scène des hommes enchaînés et immobilisés dans une demeure souterraine qui tournent le dos à l’entrée et ne voient que leurs propres ombres et celles d’objets projetées derrière eux. Les prisonniers ne se connaissent que par l’intermédiaire de ces ombres et des voix qu’ils entendent. Ils acquièrent un statut social privilégié en fonction de leur capacité à reconnaître les ombres et à prévoir leurs mouvements.

Imaginons maintenant que l’un des prisonniers soit libéré. Sur le chemin qui le mène vers la liberté, on lui donne la possibilité de tourner sa tête vers son ancien lieu de vie et il découvre – horrifié – ses compagnons enchainés au fond de la caverne. On l’accompagne de force vers la sortie et il est alors cruellement ébloui par une lumière dont l’intensité lui est inconnue. Sa souffrance l’amène à résister d’abord et il ne parvient pas à percevoir ce qu’on veut lui montrer.

Lorsqu’enfin il s’accoutume à la lumière, il peut voir le monde tel qu’il est vraiment. Il prend alors conscience de sa condition antérieure et se sent le devoir de revenir vers ses semblables pour les aider à prendre conscience de leur emprisonnement. Ces derniers – dans l’incapacité d’imaginer ce qui lui est arrivé – refusent de le croire et se montrent agressifs envers lui.

Pourquoi le croiraient-ils alors que ces derniers excellent à identifier, nommer et reconnaître les ombres qui se présentent devant eux ? Ils préfèrent ainsi rester assis et conserver un statut qui leur apporte succès et reconnaissance sociale.

Le prisonnier dans le monde réel

Dans le monde réel, le prisonnier de la caverne correspond au salarié dont les revenus dépendent entièrement des revenus du travail et dont la vie est organisée autour du désir d’acquérir toujours plus, d’étaler sa réussite et de gagner encore et toujours plus d’argent.

« Au lieu de dire à nos enfants, pour l’amour du ciel, que tu sois un homme ou une femme, sois une personne avant tout et sois à l’écoute de ce que tu es appelé à faire sur cette Terre, et trouve ta vocation. Nous leur donnons des conseils de carrière professionnelle et nous apprenons aux gens comment manipuler leur vie de l’extérieur. Et nous leur disons que pour être heureux, il suffit d’avoir un bon plan de carrière ».  Ruben Nelson, consultant conseillant des cadres du secteur privé au Canada

Alors que ce salarié est libre de quitter son emploi actuel, il n’est pas libre de quitter le marché du travail quand il le désire et il n’imagine même pas la possibilité de le faire. Il reste entièrement concentré sur les ombres qui apparaissent sur le mur.

Le mur représente les autres non pas comme ils sont mais par rapport à ce qu’ils possèdent.

La situation financière d’un prisonnier du marché du travail se caractérise par des emprunts divers (résidence principale, consommation) mais également par son incapacité à imaginer d’autres options de vie, sur un mode similaire à celui des prisonniers de la caverne mise en scène par Platon. Leurs chaînes ne sont plus physiques mais mentales, ce qui aggrave encore plus la situation, puisqu’ils n’ont pas le sentiment d’être retenus contre leur gré. Pour eux, la seule façon de gagner le « jeu des ombres », est d’accumuler au minimum un million d’euros sur le compte en banque avant de prendre leur retraite.

Le problème, c’est que nous ne réalisons pas que nous maintenons ce système en place par manque d’imagination et de remise en question. La meilleure explication que l’on puisse trouver pour expliquer ce manque de vision est sans aucun doute l’abondance de biens de consommation disponibles. Ces derniers sont en effet fréquemment utilisés comme compensation pour apaiser nos moments de doute et de lucidité.

A l’heure actuelle, il est devenu extrêmement facile de dépenser de l’argent. La dématérialisation des moyens de paiement n’y est sans doute pas étrangère. Pire, le succès et le pouvoir sont assimilés à la capacité de dépenser de l’argent.

Une nouvelle éducation

Il n’est pas facile de briser ses chaînes et de quitter la caverne.

Cela serait le cas si le mode de pensée dominant à l’extérieur de la caverne était similaire à celui qui gouverne nos vies à l’intérieur. Dans ce cas, il suffirait de suivre un plan d’actions en 10 étapes pour apprendre à gagner de l’argent, l’épargner et apprendre à faire la même chose avec son temps.

« On ne peut résoudre les problèmes qu’on a créés à l’aide de la manière de penser qui les ont créés » – Albert Einstein

Pour commencer à vivre la vie dont vous rêvez, vous devez commencer à penser de manière créative pour résoudre les problèmes qui se posent à vous. Vous ne pouvez vous permettre de suivre des recettes miracles préétablies. Vous devez apprendre à mieux vous connaître, à comprendre votre rapport à l’argent, à maitriser les principaux concepts financiers pour investir et diversifier vos sources de revenus.

Pour être libre, vous ne pouvez vous fonder sur les cadres de référence et les modes d’action que propose la culture que vous voulez quitter. Il vous faut une nouvelle vision, un nouveau rapport au monde. Bref, une nouvelle éducation.

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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