Finances personnelles : pourquoi l’apprentissage par l’erreur peut vous ruiner

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Dans la vie, il y a 2 écoles.

Il y a ceux qui vous disent qu’il vaut mieux apprendre avant de faire. Qu’il faut s’y connaitre avant d’agir. La théorie avant la pratique, en somme.

Il y a ceux qui vous disent que vous apprendrez en agissant. Que la théorie ne résiste pas à l’épreuve de la vie. Qu’il vaut mieux tirer ses propres conclusions une fois que vous avez fait les choses par vous-même. Le « learning by doing », comme l’appellent les anglo-saxons.

D’un côté, on peut reprocher à la théorie de ne pas être toujours adaptée au contexte qu’elle prétend expliquer.

« Avec les actions, mieux vaut investir sur le long terme ».

Certes, mais on pourra facilement objecter qu’acheter des actions à leur plus haut et attendre 10 ans pour les revendre à leur plus bas n’est peut-être pas non plus la meilleure décision à prendre…

De l’autre côté, on peut reprocher à l’apprentissage par l’expérience d’avoir des limites qui lui sont propres.

Car l’expérience c’est très bien et c’est très utile. Mais si vous ne vous renseignez pas sur ce qui se fait dans un domaine, en dehors de ce que vous faites par vous-même, vous ne progresserez jamais.

Imaginez que vous suiviez une stratégie d’investissement qui rapporte du 5% par an pendant 10 ans. C’est une performance louable. Pas exceptionnelle, mais louable. Et vous pouvez décider de vous en satisfaire.

Mais si en vous renseignant un peu, vous aviez appris l’existence d’une autre stratégie rapportant cette fois du 7% par an pendant 10 ans, c’était mieux.

Et en terme de coût d’opportunité, un différentiel de rendement de 2 points par an pendant 10 ans, c’est selon la taille de votre capital investi plusieurs milliers voire plusieurs centaines de milliers d’euros partis en fumée.

Dans l’exemple que je viens de citer, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Vous n’avez gagné « que » 5% par an pendant 10 ans, mais vous avez gagné. Et c’est bien là l’essentiel.

Car dans le cas des finances personnelles, l’apprentissage par l’erreur peut vite tourner à la catastrophe.

C’est dans ce domaine en particulier que le dicton « mieux vaut prévenir que guérir » prend tout son sens.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est particulièrement difficile et douloureux de se remettre d’une situation d’échec financier.

Les difficultés pour remonter la pente dans une situation de surendettement par exemple sont telles qu’il vaut mieux faire en sorte de ne pas s’y trouver.

En 2009 une étude CSA/Cresus a ainsi révélé que les crédits revolving étaient impliqués dans 89 % des dossiers de surendettement, ce qui traduit tout bonnement une faible connaissance des mécanismes de crédit.

Car il faut avoir conscience qu’user de ces crédits très chers lorsque l’on est déjà dans une situation précaire sur le plan financier est particulièrement dangereux.

La raison en est simple : plus vous devez de l’argent et… plus vous devez de l’argent ! Le même mécanisme des intérêts composés qui vous permet de vous enrichir plus vite est à l’oeuvre MAIS il est inversé.

Autrement dit, vous permettez à vos créanciers de s’enrichir encore plus rapidement en contractant de nouveaux crédits. Une fois l’argent prêté, ce dernier travaille pour eux.

Mais vous vous trouvez cette fois de l’autre côté du miroir. Au lieu de faire travailler l’argent pour vous, c’est vous qui travaillez pour l’argent.

Et la loi de l’argent est implacable : le capital travaille plus vite que le travail. Et vous, vous devez rembourser toujours plus.

Jusqu’au jour où vous ne le pouvez plus. Malheureusement…

Dans le domaine des finances personnelles, mieux vaut éviter les erreurs.

Un autre exemple ? Prenons celui de votre résidence principale.

Il y a 3 ans, vous avez fait comme tout le monde. Vous avez écouté les conseils de vos parents, de votre oncle ou de vos amis. Et vous avez acheté votre résidence principale.

Quoi de plus normal ? Après tout, vous aviez le droit de vouloir « avancer dans la vie ».

Le problème, c’est que votre entreprise vous a fait une proposition de poste à l’étranger que vous ne vous voyez pas refuser.

Vous avez envisagé un temps la location de votre logement mais vous n’avez personne de votre entourage pour s’en occuper et vous ne faites pas confiance aux agences immobilières.

La mort dans l’âme, vous décidez de vendre.

Entre le moment où vous avez acheté et le moment où vous revendez, le marché immobilier a baissé de 3% par an. 3% par an, vous me direz, c’est pas grand chose. Mais en 3 ans, votre bien acheté 300.000 euros a perdu plus de 26.000 euros de sa valeur. Et vous aviez payé 24.000 euros de frais de notaire.

Montant de la perte sèche : 50.000 euros.

(Sans compter le très probable coût additionnel de la mensualité d’emprunt en comparaison du niveau des loyers durant ce laps de temps)…

Si seulement vous aviez pris le temps de vous renseigner sur le marché immobilier pour comprendre les mécanismes de marché comme la loi de l’offre et de la demande et la formation de bulles spéculatives…

Bien sûr, l’apprentissage de la théorie ne suffit pas.

Une fois les connaissances acquises, il faut les mettre en pratique et les adapter au contexte économique et financier que vous êtes en train de vivre.

Certaines théories survivent à travers le temps. D’autres non. D’autres enfin voient le jour pour mourir finalement quelques années plus tard.

Le monde économique et financier n’est pas plus figé que le monde tout court. C’est un monde de fluctuations, de ruptures et de nouveautés.

Mais c’est aussi un monde avec des règles de bon sens immuables que l’éducation financière a permis de saisir pour vous permettre d’éviter de faire des erreurs tragiques dans votre vie financière.

Cela ne suffit sans doute pas pour faire de vous un millionnaire. Car pour cela, il faut agir. 

Mais cela vous permet dans un premier temps d’adopter les bonnes pratiques qui vous empêchent de faire des erreurs tragiques pour vos finances.

Et c’est déjà pas si mal…

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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