Pourquoi la Frugalité Est-Elle le Nouveau Luxe ?

Souvent vécue comme une contrainte ou une obligation temporaire liée à des problèmes d’argent, la frugalité nous permettrait pourtant de mieux jouir de la vie. Explications.

influence silencieuse

Cela peut paraître surprenant mais nous sommes de plus en plus nombreux à dire stop. Stop à la surconsommation, stop à la frénésie d’achats, stop au carriérisme et à son pilotage automatique.

Selon une enquête publiée par Ethicity et TNS Media en 2010, 36% des Français considèrent que consommer mieux signifie « ne plus consommer de produits ou services superflus ». Et nous ne sommes pas les seuls. Ainsi, un sondage publié par l’institut Gallup en 2010 révèle que 57% des Américains affirment dépenser moins d’argent que dans le passé. Parmi eux, 38% font de cette nouvelle frugalité un véritable mode de vie.

Le choix de la frugalité n’est pas toujours facile.

Les modèles familiaux de conception de l’argent et de la réussite n’y sont pas étrangers. Comment en vouloir à ces parents dont les enfants ont réussi et qui représentent pour eux la revanche sociale tant attendue ?  Comment ne pas croire que tout s’achète dans une société qui prône le confort matériel comme symbole ultime de la réussite ? Comment faire le deuil de la personne idéale à laquelle nous souhaitons si ardemment ressembler et après laquelle nous sacrifions depuis tant d’années notre temps et notre énergie ?

Pourtant, force est de constater que le bonheur – lui – ne s’achète pas.

La prise de conscience se fait. Tôt ou tard. Cela peut passer par une prise de conscience spontanée pour les uns, par un accident de la vie plus ou moins grave pour les autres. Une naissance est parfois l’occasion de se demander qui nous souhaitons vraiment être aux yeux de notre enfant.

Certains décident de faire le vide dans leur vie. De se débarrasser de tout ce qui pèse sur leur temps, sur leur horizon, sur leur espace mental. Ils font appel à des coachs en désencombrement, ils déménagent pour partir vivre à la campagne loin de la frénésie citadine, ils se mettent au jardinage et entretiennent un potager. Bref, ils mettent de l’ordre dans leur vie et se recentrent sur l’essentiel.

Cela ne se fait pas sans mal.

Car il ne suffit pas de tout effacer d’un coup de baguette magique pour repartir de zéro. Non. Pour cela, il faut avoir une vraie réflexion. Partir en quête de son moi profond et de ses valeurs personnelles. Mettre en adéquation son mode de vie avec ce qui est essentiel à nos yeux. Il n’existe pas de recette miracle, pas de stratégie préconçue. Il faut se poser des questions. Les bonnes questions. Et surtout prendre le temps d’y répondre.

Les vieux démons ressurgissent parfois.

Il faut alors une vraie force de caractère, une conviction profonde que notre choix est le bon pour ne pas « replonger ». Rester convaincu que l’on n’est pas obligé de faire trois repas par jour (les dernières études scientifiques sur le sujet montrent d’ailleurs que nous mangeons trop compte tenu de nos modes de vie sédentaires). Ni de regarder la télévision le soir en rentrant du travail. Ni de croire toutes les pubs et les marketeurs qui ont appris à tourner en ridicule des modes de vie pourtant sains et équilibrés.

Redonner du sens à sa vie consiste à mettre en perspective nos valeurs et nos besoins.

Les plus philosophes d’entre nous se souviendront de la tempérance et de l’ataraxie si chères à Epicure et du stoïcisme prôné par Epictète. Rien de nouveau sous le Soleil donc, mais une étonnante modernité. Prendre le temps de déguster plutôt que se goinfrer. Penser avant de dépenser. Entretenir la rareté pour faire renaître le désir. Autant de subtilités qui redonnent à notre vie la magie et le mystère qu’elle n’aurait jamais dû perdre.

Même si cela ne nous plait pas toujours, la modération peut rendre heureux.

Elle est une voie privilégiée pour détacher l’homme de son seul statut de consommateur. Une manière de redonner au relationnel et au spirituel la place qui est la leur dans notre vie. Et même une solution économique pour Jean Baptiste de Foucauld qui défend – dans son dernier livre – le concept d’abondance frugale.

Une abondance qui prendra les traits de la musique pour l’un ou de la lecture pour l’autre. Mais qui nécessite dans tous les cas un luxe que de plus en plus de gens acceptent aujourd’hui de s’octroyer : celui du temps et de la renonciation.

Sans doute une manière de dire que la frugalité est sûrement le luxe de l’avenir.  

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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