L’Argent Peut-Il Engendrer l’Argent ?

l'argent engendre l'argent

Selon l’un des pères fondateurs des Etats-Unis d’ Amérique – Benjamin Franklin – la réponse est oui.

Issu d’une famille puritaine, ce dernier croit fermement au travail, à l’économie et aux existences austères qui serviront de piliers au capitalisme anglo-saxon.

Voici quelques extraits tirés de son livre Avis nécessaire à ceux qui veulent devenir riches et d’autres extraits du même auteur cités par Max Weber dans son livre L’éthique protestante et L’esprit du capitalisme.

« Songe que le temps, c’est de l’argent : celui qui pourrait gagner dix shillings par jour grâce à son travail et passer la moitié de la journée à vagabonder ou à trainer dans son lit ne doit pas compter qu’il n’a dépensé que six pence pour son agrément personnel : ce sont cinq shillings supplémentaires qu’il a dépensés ou plutôt dilapidés.

Songe que le crédit, c’est de l’argent. Si quelqu’un laisse chez moi son argent alors qu’il doit lui être rendu, il me fait cadeau des intérêts ou de tout ce que je peux acquérir pendant cet intervalle. On arrive à des sommes considérables quand un homme a un crédit important et en fait bon usage.

Songe que l’argent est de nature productive et prolifique. L’argent peut engendrer l’argent, ces rejetons peuvent en engendrer davantage encore et ainsi de suite. Cinq shillings qui travaillent en donnent six, puis sept shillings trois pence et ainsi de suite jusqu’à cent livres sterling. Plus la somme est importante, plus l’argent rapporte, si bien que l’intérêt croît sans cesse davantage. Tuer une truie, c’est éliminer toute sa descendance jusqu’à la millième génération. Assassiner une pièce de cinq shillings, c’est tuer de manière criminelle tout ce qu’on aurait pu produire avec ces cinq shillings : des colonnes entières de livres sterling.

Songe que les bons payeurs sont maîtres de toutes les bourses, comme le dit le proverbe. Celui qui est connu pour payer ponctuellement et au jour dit peut emprunter en tous temps ce que ses amis ne dépensent pas. Ce qui peut être d’une grande utilité. Outre l’ardeur à la besogne et la tempérance, rien ne contribue mieux à l’ascension d’un jeune homme que la ponctualité et l’honnêteté dans toutes ses affaires. Ne garde donc jamais l’argent que tu as emprunté une heure de plus que tu ne l’as promis, afin d’éviter que le courroux de ton ami ne te ferme à jamais les cordons de sa bourse.

Il faut prêter attention aux actes les plus insignifiants qui influent sur le crédit d’un homme. Si ton créancier t’entend frapper des coups de marteau à cinq heures du matin ou à huit heures du soir, il repoussera de six mois ton échéance ; mais s’il te voit à la table de billard ou entend ta voix à la taverne à l’heure où tu devrais être au travail, il te réclamera son argent dès le lendemain matin et voudra être remboursé avant que tu n’aies réuni la somme.

Cela montre en outre que tu as la mémoire de tes dettes ; tu apparais à la fois comme un homme honnête et comme un homme consciencieux et ton crédit augmente. Garde toi de considérer comme ta propriété tout ce que tu possèdes et de vivre en conséquence. Beaucoup de débiteurs tombent dans cette illusion. Pour éviter cela, tiens précisément le compte de tes dépenses et de tes revenus. Si tu te donnes la peine d’être attentif aux détails, tu en tireras avantage : tu découvriras que l’accumulation de minuscules dépenses représente une grosse somme et tu constateras ce que tu aurais pu économiser et ce que tu pourras économiser à l’avenir…

Pour six livres par an, tu peux avoir l’usage de cent livres, à condition d’être connu comme un homme avisé et honnête. Celui qui dépense inutilement un sou par jour dépense inutilement six livres par an : c’est le prix de l’usage de cent livres. Celui qui perd chaque jour une partie de son temps d’une valeur équivalente à un sou (même s’il ne s’agit que de quelques minutes) perd jour après jour le privilège de faire usage de cent livres par an. Celui qui perd inutilement son temps pour une valeur de cinq shillings perd cinq shillings et pourrait aussi bien jeter cinq shillings par la fenêtre. Celui qui perd cinq shillings ne perd pas seulement cette somme, mais tout ce qu’il aurait pu gagner en l’utilisant pour son travail – ce qui représentera une somme tout à fait conséquente quand le jeune homme aura atteint un certain âge. »

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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