Le Capitalisme Naturel Est-Il Possible ?

« L’économie mondiale est en train d’évoluer de stratégies centrées sur la productivité humaine vers des stratégies centrées sur la productivité des ressources » – Paul Hawken, Amory Lovins et L. Hunter Lovins, Natural Capitalism : Creating the Next Industrial Revolution

L’économie mondiale se trouve à un carrefour. Prise en tenaille entre ses impératifs de croissance pour maintenir et améliorer les niveaux de vie, et la raréfaction des ressources, elle ne sait plus trop quelle direction prendre.

Faut-il tirer un trait sur le mode de développement qui a été le sien jusqu’à présent ? Sans doute.

Faut-il tout remettre en cause pour laisser la place à l’émergence d’un nouveau paradigme ?  Peut-être.

Faut-il nécessairement opposer capitalisme et développement durable ? Il semblerait que non.

C’est en tous cas le message que souhaitent faire passer Paul Hawken, Amory Lovins et L. Hunter Lovins dans leur livre consacré au capitalisme naturel. Leur objectif est de nous exposer comment repenser chaque procédé industriel ou entrepreneurial de façon à le rendre écologiquement efficient et à protéger la biosphère tout en restant rentable.

Un catalogue d’inventions impressionnant

A l’heure actuelle, il existe un nombre important de mouvances et de tendances, aux niveaux technologique et commercial, qui vont précisément dans ce sens. L’enjeu est clair : il faut les intégrer toutes ensemble dans un système cohérent.

« Il existe déjà des bâtiments conçus de telle sorte qu’ils produisent de l’oxygène, de l’énergie solaire et même de l’eau potable. » – Paul Hawken, Amory Lovins et L. Hunter Lovins, Natural Capitalism : Creating the Next Industrial Revolution

Pour illustrer leur thèse principale qui consiste à défendre l’idée que nous avons les moyens d’augmenter de manière drastique et efficiente la productivité de nos ressources, les trois auteurs citent un catalogue impressionnant d’exemples d’inventions technologiques qui vont dans ce sens. Ces exemples sont réels, pratiques, chiffrés et documentés. Ainsi en est-il des piles à combustible pour les voitures qui pourraient remplacer à terme les moteurs à pétrole et qui peuvent également servir de générateurs pour l’électricité des foyers domestiques et des aménagements publics.

4 stratégies pour faire des affaires dans un monde viable

Au delà des preuves que le monde actuel a déjà les ressources nécessaires pour dépasser sa crise identitaire, les auteurs identifient quatre stratégies pour conserver un monde viable, respecter l’environnement et faire des affaires tout en même temps.

La première de ces stratégies consiste à optimiser la productivité des ressources. Ce qui veut dire rendre beaucoup plus efficients les processus industriels, les transports et les constructions en utilisant des principes de design et de construction meilleurs, basés sur des technologies qui existent déjà. Les bénéfices liés à cette stratégie sont nombreux : ralentir la disparition des ressources naturelles, réduire la pollution, créer des emplois et réduire les coûts pour les entreprises.

La seconde stratégie se nomme biomimique. A l’heure actuelle, trop de matières, de matériaux et d’énergies sont utilisés uniquement pour les activités humaines. Ce n’est pas un hasard si 94% de ce que produit l’industrie américaine est à ranger dans la catégorie des déchets. Les produits durables ne représentent malheureusement que 1% de ce que l’on traite. Pour que cette stratégie fonctionne, l’idée est assez simple : il s’agit d’éliminer l’idée même de déchets. Il faut imaginer un système où chaque matériau utilisé est réutilisé ailleurs. Pour cela, quel meilleur exemple avons-nous que celui de la nature ? Il nous faut réfléchir à des processus de production qui reproduisent et imitent la nature. La pression concurrentielle subie par les entreprises de nombreux marchés les incitent déjà à réduire leurs coûts : la biomimique est très certainement la meilleure solution pour leur permettre de rester compétitives.

La troisième stratégie consiste à migrer progressivement vers une économie de flux et de service. Exit donc les logiques de vente et de production. On propose désormais la location de produit ou le droit à utilisation plutôt que la vente de ce dernier. Une fois son utilisation par le consommateur terminée, le produit est repris en charge par l’entreprise qui le recycle. L’exemple tout trouvé de la mise en application de ce modèle d’affaire est celui d’Autolib’. On achète le droit d’utiliser une voiture pour son service de transport tandis que la voiture physique reste la propriété de l’entreprise. On glisse ainsi vers une conception de la richesse en termes de biens et de produits vers ce que l’on désire en réalité vraiment, c’est à dire une certaine qualité de vie et de bien-être. La durabilité écologique devient en effet beaucoup plus facile quand on ne se sent plus attaché aux biens matériels.

La quatrième et dernière stratégie est celle de l’investissement dans le capital naturel. L’idée est de stopper la tendance actuelle de destruction de la planète en réinvestissant dans le maintien, la restauration et le développement du monde naturel et vivant. Les entreprises doivent garder à l’esprit que le capital naturel représente cet aspect de l’environnement qui produit les services et ressources dont nous disposons aujourd’hui.

L’idée sous-jacente : l’optimisation de systèmes entiers plutôt que leurs parties

Que cela concerne l’élimination des déchets, le marché automobile, la construction des habitats ou l’amélioration des techniques agricoles, l’idée principale reste la même : il importe de voir chaque domaine de l’économie comme une partie d’un système entier qu’il convient d’analyser et d’optimiser.

Lorsqu’on se sent préoccupé un minimum par les problèmes d’environnement, il peut paraître surprenant de lire que les technologies et modes de management qui permettent la durabilité existent déjà. Viennent alors les interrogations et les remises en question. Comment se fait-il que « l’on ait créé un système économique qui nous dit qu’il coûte moins cher de détruire la Terre et d’épuiser son peuple plutôt que de les nourrir ? »

La réponse des auteurs relève du bon sens élémentaire : l’économie actuelle est basée sur des conceptions et raisonnements obsolètes et inadaptés.

« Pour améliorer le sort des gens, nul n’est besoin de nouvelles théories : tout ce qu’il faut, c’est du bon sens. Il faut se baser sur la proposition toute simple que tout capital doit être valorisé… Et s’il y a des doutes sur la valeur d’un arbre de plus de sept cent ans, il suffit de se demander combien cela pourrait coûter d’en faire un nouveau. Ou une nouvelle atmosphère. Ou une nouvelle culture. » – Paul Hawken, Amory Lovins et L. Hunter Lovins, Natural Capitalism : Creating the Next Industrial Revolution

Pour penser autrement le système économique, il faut apprendre à relier nos connaissances entre elles pour accéder à un niveau supérieur de compréhension du monde qui nous entoure. Repenser le processus de réflexion en laissant davantage de place à l’induction, à l’imaginaire et à la créativité. Envisager le système dans son intégralité pour donner une cohérence à l’ensemble des initiatives isolées que nous avons citées précédemment.

Parce que la cécité et l’illusion ne doivent plus jamais nous aveugler dès lors que l’avenir de notre Planète est en jeu. Et parce que quoi qu’en disent les esprits chagrins, rentabilité et durabilité ne sont pas des objectifs impossibles à atteindre en même temps. Encore faut-il se poser la question.

Mais il s’agit là très certainement d’un enjeu majeur pour l’éducation du futur

Vous souhaitez aller plus loin ? Lisez le résumé du livre Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur d’Edgar Morin.

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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