L’Effet Boule de Neige

prise de risque

Caractéristiques

Titre original :  Warren Buffett. La biographie officielle. L’effet boule de neige.
Version papier : 960 pages
Temps de lecture estimé : 30 heures
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A propos de l’auteur

Alice Schroeder était Managing Director chez Morgan Stanley lorsqu’elle a décidé – sur les conseils de Warren Buffett – de se consacrer à l’écriture à plein temps. Elle est diplômée de l’université du Texas. Ancienne auditrice financière, elle vit désormais dans le Connecticut avec son mari.

Introduction

La plupart des gens associent le nom de Warren Buffett avec les mots investissement malin, sommes d’argent colossales et un esprit philanthrope et généreux. Dans son livre L’effet boule de neige, Alice Schroeder nous livre un portrait détaillé et perspicace de l’icône américaine. Elle retrace la croissance de la fortune de Buffett des jours où il faisait du porte-à-porte dans la ville d’Omaha à la détention d’une des entreprises les plus rentables au monde.

Le livre met également en lumière des aspects de la vie personnelle de Buffett. Une vie remplie d’incertitudes et de relations mouvementées.

L’effet boule de neige est véritablement un livre à part dans la littérature financière, une biographie extrêmement bien documentée qui raconte l’histoire de Warren Buffett de manière très engageante.

Les premières années

Warren Edward Buffett est né le 30 Août 1930, c’est-à-dire à peine 10 mois après le krach boursier de 1929. Le père de Warren, Howard, était familier du monde la finance et de l’investissement. Avant le krach de 1929, Howard Buffett avait travaillé en tant que courtier pour l’Union State Bank à Omaha, dans le Nebraska.

En août 1931, ce dernier perdit son travail lorsque la banque fit faillite. Néanmoins, en l’espace de 2 semaines, il décida de monter sa propre entreprise de courtage avec deux autres partenaires. Malgré la tempête financière qui faisait alors rage, l’entreprise fut un succès.

La mère de Warren, Leila, était très dévouée et fut d’une aide précieuse pour aider à la prospérité de son mari. Elle était très stricte avec ses enfants, les reprenant à la moindre incartade. Schroeder décrit à de nombreuses reprises à quel point Warren et ses sœurs ne sentaient pas aimer par leur mère.

Avec le temps, Warren commença à passer de plus en plus de temps dans la maison de ses voisins et de ses proches. Dès qu’il entra au jardin d’enfants, il était clair que la plupart des hobbies de Warren tournaient autour des chiffres. Il apprit ainsi à calculer et à aimer tout ce qui touchait de près ou de loin à la collecte et à la mémorisation de chiffres. Bien qu’il se donnait du mal pour être apprécié de ses proches, quelque chose en lui amenait ses amis à le décrire comme un solitaire.

Les premiers dollars gagnés par Warren Buffett provinrent de la vente de chewing gum que ce dernier distribuait en faisant du porte-à-porte dans sa ville natale alors qu’il n’avait que 6 ans. Par la suite, il se mit à la vente de Coca-Cola à des voisins durant les soirées d’été, ainsi que celle d’exemplaires du Saturday Evening Post et du Liberty magazine.

Comme le fait remarquer Schroeder dans le livre, Buffett était passé de la collection de timbres à la collection de pièces. Très vite, il comprit que cela pouvait l’aider à devenir indépendant, lui permettant ainsi de faire ce qu’il voulait dans la vie. La plus grande aspiration de Buffett était de travailler pour lui-même. Dans sa bibliothèque de quartier, Buffett trouva un livre appelé 1000 manières de générer 1000 dollars. Une idée en particulier retint l’attention de Buffett : une machine qui permettait aux gens de payer pour savoir combien ils pesaient. Il voulut ainsi acheter cette machine pour réinvestir ensuite les profits générés et voir plus grand.

La notion d’intérêt composé devint particulièrement importante dans l’esprit de Buffett. La manière dont l’argent s’accumule comme intérêt puis est ensuite ajoutée au principal lui rappelait la manière dont une boule de neige grossissait. C’est alors qu’il prit conscience que la force des intérêts composés était telle qu’elle pouvait transformer une petite somme d’argent en véritable fortune.

L’un des épisodes les plus significatifs de la vie de Buffett fut lorsqu’il encouragea l’une de ses sœurs à acheter 3 actions préférentielles Cities Service et qu’il en fit de même. Ils payèrent 114.75 dollars pour 3 actions et peu de temps après, le cours de l’action chuta. Heureusement, ce dernier remonta quelques mois plus tard ce qui leur permis d’engranger un bénéfice net de 5 dollars chacun. Malheureusement pour lui, Buffett vendit les actions avant qu’elles n’atteignent le sommet des 202 dollars chacune.

De cet incident, Buffett retint 3 leçons majeures :

  1. Tout d’abord, il découvrit qu’il ne fallait pas être obsédé en permanence par le cours de l’action qu’il avait achetée.
  2. Ensuite, il apprit qu’il ne fallait pas se précipiter pour vendre et engranger un petit profit.
  3. Enfin, s’il devait de nouveau investir l’argent d’autrui, il se promit qu’il n’en prendrait jamais la responsabilité à moins d’être sûr d’être gagnant.

En multipliant les petits boulots, Buffett parvint à économiser plus de 1000 dollars alors qu’il n’avait pas encore 14 ans. Il se sentit très fier de cet accomplissement. En 1944, il remplit sa première déclaration d’impôts. 3 ans plus tard, en 1947, Buffett sortit 16ème de sa classe à la Woodrow Wilson  High School de Washington. Il arrêta la distribution de journaux et enchaina avec des boulots d’été au Times-Herald notamment. Il intégra l’école de commerce de Wharton à l’université de Pennsylvanie. Lorsque son père ne fut pas réélu au Congrès en 1948, Buffett décida de quitter Wharton à la fin de l’année. Il retourna dans sa famille à Omaha et intégra l’université du Nebraska à Lincoln.

Alors que Buffett approchait de la fin de son parcours universitaire en 1950, il voulut intégrer Harvard. A seulement 19 ans, il était 2 ans plus jeune que le diplômé universitaire moyen et plus jeune que l’étudiant en école de commerce moyen. Bien que ses notes étaient correctes, elles ne faisaient pas figure d’exception. Il fut recalé à l’entretien d’entrée et se tourna vers l’université de Columbia. Il y découvrit alors 2 noms qui lui étaient familiers : Benjamin Graham et David Dodd. Graham avait publié L’investisseur intelligent en 1949 et prônait l’idée que l’investissement devait être systématique. Buffett postulat ainsi pour l’université de Columbia et fut accepté bien qu’il eut dépassé la deadline et qu’il ne passa aucun entretien d’entrée.

Schroeder décrit à merveille comment Buffett étudia avec une attention particulière sous l’influence de Benjamin Graham. En plus de son poste d’enseignant à l’université de Columbia, ce dernier avait fondé la Graham Newman Corporation, l’un des fonds d’investissement les plus reconnus de l’industrie. Graham avait obtenu des performances remarquables principalement grâce à sa faculté à analyser les chiffres. Il développa la première approche systématique connue pour analyser la valeur d’une action, en utilisant notamment l’information publique disponible comme les états financiers de l’entreprise.

Après avoir suivi les cours de Graham, Buffett garda à l’esprit 3 principes clés qui l’accompagnèrent pour le reste de sa vie :

  1. Une action est un droit à posséder une petite partie d’une entreprise. Elle représente une fraction de ce que vous seriez prêt à payer pour acquérir l’entreprise dans son intégralité.
  2. Parce que l’investissement est basé sur des estimations et de l’incertitude, il est préférable d’utiliser une marge de sécurité. Une marge de sécurité élargie permet de se prémunir contre les effets néfastes des imprévus.
  3. Monsieur le marché est votre serviteur et non pas votre maître. Les fluctuations du marché ne doivent pas influer sur votre évaluation du cours d’une action. Occasionnellement, il peut néanmoins être l’occasion d’acheter à bon compte et de vendre à bon prix.

L’installation

Avant de partir pour l’université de Columbia, Bertie, la sœur de Warren lui arrangea un rendez-vous avec Susan Thompson, sa colocataire de la Northwestern University. Durant cette période, Susie était malheureusement amoureuse de quelqu’un d’autre. Cela ne découragea pas Warren qui mit au point une stratégie pour se rapprocher des parents de Susie. Bien que Warren n’intéressa pas Susie au début de leur relation, Susie était plutôt extravertie et aimait apprendre à connaître les gens. Elle apprit donc à connaître Warren si bien que ce dernier gagna son pari et les deux tourtereaux planifièrent leur mariage pour avril 1952.

Schroeder décrit comment Susie comprit les dommages que la personnalité de Leila Buffett avaient occasionnés sur l’estime personnelle de son propre fils. Susie savait que ce dont Warren avait besoin était de se sentir aimé et jamais critiqué. Il avait également besoin de sentir qu’il avait réussi socialement.

Après avoir obtenu son diplôme de l’université de Columbia, Warren voulut travailler pour Graham-Newman mais Benjamin Graham ne lui donna pas cette opportunité. A ce moment-là, Graham-Newman n’embauchait que des employés d’origine juive car les autres fonds d’investissement refusaient de le faire. Buffett décida alors de devenir courtier et retourna à Omaha. Malheureusement, les principaux clients ne le prirent pas au sérieux et il dut lutter pour réaliser des ventes. Il commença à réfléchir à des possibilités pour se rendre moins dépendant d’un travail qu’il détestait. Le salaire des courtiers était basé sur le chiffre d’affaires, plutôt que sur la qualité de leurs conseils. Buffett découvrit qu’il préférait gérer l’argent de ses clients plutôt que de tenter de leur vendre des actions. Malheureusement pour lui, il n’existait aucune opportunité de ce genre à Omaha.

Finalement, en Août 1954, Buffett fut embauché par Graham-Newman à New York. L’année précédente, le premier enfant de Susie et de Warren – Susan Alice – était né. Warren trouva un appartement de 3 chambres dans White Plains pour toute la famille.

Chez Graham-Newman, Buffett s’intéressa en priorité aux entreprises qui se vendaient à un prix inférieur à leur fonds de roulement. Ces entreprises étaient ce que Graham appelait des bouts de cigare, c’est-à-dire des entreprises bon marché qui avaient échappé à la vigilance des autres investisseurs.

Graham-Newman multipliait ainsi les prises de participation dans de multiples entreprises, ce qui répondait ainsi au principe clé de diversification. Warren apprit alors l’art de l’allocation de capital, c’est-à-dire le meilleur moyen de placer de l’argent pour qu’il rapporte les meilleurs rendements. Sa performance fut exceptionnelle et il devint en quelque sorte le golden boy de la firme. En décembre 1954, le deuxième enfant des Buffett – Howard « Howie » Graham Buffett naquit.

Lorsque Ben Graham prit sa retraite au printemps 1956, il offrit à Warren l’opportunité de devenir General Partner. Warren refusa car ce qu’il avait toujours valorisé chez Graham-Newman était justement de pouvoir travailler aux côtés de Ben Graham lui-même. Il prit ainsi la décision de démarrer un partenariat en revenant à Omaha. Mais incapable d’encaisser les critiques de ses partenaires chaque fois que la performance n’était pas au rendez-vous, il fit en sorte de faire entrer famille et amis dans le capital.

De retour à Omaha, Buffett travailla à la mise en place de son partenariat et donna deux cours à l’université d’Omaha. En dépit de ses succès en affaire, il était encore très immature. Pour Susie, son manque d’implication à la maison revenait à s’occuper d’un troisième enfant. Warren poursuivit son objectif de devenir millionnaire en levant encore plus de fonds. A la fin de l’année 1956, il écrivit une lettre aux partenaires soulignant les résultats obtenus. Il avait réussi à battre le marché de plus de 4%. Seulement 2 années plus tard, en 1958, Buffett gérait plus d’un million de dollars et sa fortune personnelle ne cessait de s’accroitre grâce à sa méthode d’investissement systématique. Cette même année, les Buffetts achetèrent leur première maison et leur troisième enfant, Peter, vit le jour.

Le 1er Janvier 1962, Buffett prit la décision de dissoudre ses partenariats en une seule entité : Buffett Partnership Ltd. Il décida également de louer ses premiers bureaux professionnels à Kiewit Plaza, à une vingtaine de blocs de son lieu de résidence et proche de la banlieue d’Omaha. Pour la première fois, il décida d’investir son propre argent dans son entreprise, soit près de 450.000 dollars.

Buffett continua à pratiquer la technique du bout de cigare qui consistait à acheter des actions dont le cours était largement inférieur à la valeur comptable de l’entreprise. Si le cours de l’action augmentait, il pouvait ainsi la revendre en réalisant une plus-value. Si cela n’était pas le cas, il continuait à acheter les actions de l’entreprise jusqu’à ce qu’il en devienne propriétaire pour ensuite revendre cette dernière à sa valeur liquidative. Entre temps, Buffett était devenu ami avec un avocat de Pasadena appelé Charlie Munger. Munger avait également créé une entreprise d’investissement, dans l’immobilier cette fois. Comme Buffett, Munger achetait des bouts de cigare, faisait de l’arbitrage et acquérait de petites entreprises. Néanmoins, il s’intéressait également aux qualités intangibles des entreprises qu’il achetait comme le management, la durabilité de la marque et l’environnement concurrentiel.

Berkshire Hathaway

Une connaissance de Buffett attira son attention sur un fabricant de textile du New Bedford dans le Massachussetts qui était en vente à bas prix au regard de la valeur de ses actifs. Buffett commença par acquérir quelques actions de l’entreprise et se rendit sur place pour visiter l’usine. Après une discussion désagréable avec le président de l’époque – Seabury Stanton – Buffett jura qu’il finirait par acquérir l’intégralité de l’entreprise. En 1965, il réussit dans sa quête et fut nommé au board de Berkshire Hathaway.

Buffett poursuivit ses investissements. En 1966, Buffett était à la tête d’un capital de plus de 44 millions de dollars mais il ne trouvait aucune entreprise qui remplisse ses critères d’achat. Pour la première fois depuis la création de son fonds, il n’utilisa pas l’argent qui lui avait été confié et annonça qu’il mettrait un terme au partenariat. Alors que la guerre du Vietnam faisait rage et que les marchés boursiers commençaient une phase de déclin, Buffett se demandait comment maintenir sa performance. Il commença à prendre en considération l’idée d’acheter des entreprises dans leur intégralité. Il fonda ainsi une holding avec Charlie Munger et David Gottesman appelée DRC. Buffett possédait 80% de la holding, Munger 10% et Gottesman 10%. Le groupe acheta un department store basé à Baltimore appelé Hochschild-Kohn. Le business model du commerce de détail était néanmoins assez pauvre et la concurrence rude. Chaque fois qu’un department store de Baltimore améliorait quelque chose, les autres devaient suivre. Buffett avait dû abaisser ses critères pour justifier de son investissement.

Sur le plan familial, tout n’allait pas pour le mieux. L’attention de Buffett était toute entière portée sur l’investissement et il ne consacrait pas suffisamment de temps à ses enfants. Dans le même temps, Susie s’impliqua dans le mouvement pour les droits civils afin de se sentir moins seule et inoccupée.  Les enfants de Buffett savaient également depuis leur plus jeune âge qu’ils ne pouvaient attendre aucune aide financière de leur père si ce n’est pour leur éducation. Pourtant, l’argent était souvent utilisé comme un moyen de contrôle dans le foyer. Schroeder décrit combien Buffett était préoccupé par le poids de chaque membre de sa famille et comment il faisait en sorte que chacun reste maigre et en bonne santé.

Berkshire Hathaway était désormais en pleine crise financière. En 1967, Buffett essaya de retirer son argent du business aussi vite que possible. Alors qu’il refusait d’investir dans l’entreprise, il refusa également de fermer les usines car cela aurait conduit à mettre au chômage plusieurs centaines de personnes. Sa tâche la plus importante était de trouver une nouvelle manière de gérer Berkshire Hathaway pour en minimiser l’impact négatif sur la performance de son portefeuille.

La réponse fut trouvée grâce à National Indemnity, une entreprise d’assurance. National Indemnity avait besoin de beaucoup de capital pour faire face au risque auquel elle était confrontée. Si National Indemnity était en mesure de générer de l’argent, alors Buffett pourrait utiliser ses profits pour acheter d’autres entreprises et d’autres actions.

En arrimant l’entreprise d’assurance à Berkshire Hathaway, Buffett réussit à créer une nouvelle forme d’équilibre dans son portefeuille. En 1968, Buffett essaya de se débarrasser une bonne fois pour toutes de Berkshire Hathaway mais ne trouva pas preneur.

Dans le même temps, Buffett et Munger avaient commencé à acheter des actions d’une entreprise – Blue Chip – qui commercialisait des timbres. Schroeder explique que la paire s’intéressait à l’entreprise principalement pour son fonds de caisse : les commerçants achetaient les timbres en avance, puis les consommateurs se les procuraient pour finalement réclamer leur gain quelques années plus tard. Durant ce laps de temps, l’entreprise pouvait investir l’argent parfois durant plusieurs années. Il en était d’ailleurs de même pour les entreprises d’assurance qui étaient un autre type de business offrant la possibilité d’un fonds de caisse confortable dans la mesure où les primes d’assurance sont payées bien avant toute forme de déclaration de sinistre – si elle a lieu un jour.

La liquidation

En 1969, Buffett écrivit aux partenaires qu’il prendrait sa retraite à la fin de l’année et clôturerait le partenariat au début de l’année 1970. Il ne sentait plus l’environnement de marché et ne voulait pas porter atteinte à un track record plus que décent.

Les investisseurs devaient décider s’ils conservaient leur part dans les entreprises achetées par Buffett ou s’ils les revendaient pour faire du cash. Buffett espéraient que ces derniers choisiraient de revendre leur part pour que ce dernier puisse seul être à la tête du consortium. Le 5 Décembre 1969, il donna ses prévisions sur la manière dont les actions des 2 principales entreprises du portefeuille allaient évoluer :

« Mon opinion personnelle est que la valeur intrinsèque de DRC et de Berkshire Hathaway va croitre de manière substantielle dans les prochaines années. Je serais déçu si une telle croissance n’atteignait pas un taux de 10% par année. » – Warren Buffett

A la fin de l’année 1970, la plupart des anciens partenaires de Buffett avaient revendu leurs parts tandis que ce dernier continuait de racheter toujours plus d’actions. Sa participation dans Berkshire passant de 18% à plus de 36% en l’espace de quelques mois seulement. Les liens étroits entre les différentes entreprises de Buffett permirent ainsi à son portefeuille d’acquérir suffisamment de résilience pour traverser les moments les plus difficiles.

Les problèmes avec la SEC

Buffett et Munger étaient toujours à la recherche de nouvelles opportunités d’investissement et Wesco Financial, une compagnie financière de Pasadena retint leur attention. Wesco possédait des fonds d’épargne mais n’avait jamais pleinement exploité ses opportunités de croissance. En outre, l’entreprise était très rentable. Betty Casper Peters était la seule membre de la famille fondatrice à être présente au comité de direction. Elle insista pour que les membres du comité rencontrent Buffett et Munger et fit en sorte que la fusion prévue avec la Financial Corporation de Santa Barbara ne se fasse pas. Finalement Blue Chip racheta un quart de Wesco pour 17 dollars l’action.

Progressivement, Blue Chip acheta de plus en plus d’actions Wesco jusqu’à en détenir plus de la moitié du capital.  Munger fut installé à la tête de l’entreprise.

Schroeder en profite ainsi pour décrire le Business Model créé par Buffett à travers Berkshire, Diversified et Blue Chip :

  1. D’abord, le modèle accorde une place importante à l’équilibre. En générant un fonds de caisse important au sein de la holding, le groupe créé par Buffett est en mesure de répondre aux changements de l’environnement de marché.
  2. Ensuite, le modèle utilise intelligemment la puissance des intérêts composés car le fonds de caisse et les investissements se multiplient avec le temps.,Schroeder souligne le fait que la nouveauté et la force de ce modèle sont indéniables.

En 1975, la SEC mena une enquête contre Buffett et Munger. Ces derniers étaient suspectés d’avoir commandité l’échec de la fusion entre la Santa Barbara Financial Corporation et Wesco Financial pour ensuite racheter Wesco à bon compte. Finalement, l’enquête de la SEC conclut à l’innocence des 2 associés et Buffett fut invité à rejoindre un panel d’investigateurs en charge d’étudier les obligations d’information des entreprises.

Le roi de Wall Street

Alors que les investissements et l’entreprise de Buffett continuaient de croitre, ce dernier fut amené à voyager de plus en plus et à rencontrer de plus en plus de personnes puissantes. Il noua ainsi une profonde amitié avec Katharine Graham, la directrice de la publication du Washington Post. Susie Buffett était de plus en plus insatisfaite de son mariage et eut le sentiment que Graham essayait de lui voler son mari. En l’absence de Warren, Susie commença à travailler sérieusement à une carrière de chanteuse et décida de déménager pour San Francisco. Elle demanda à Astrid Menks de s’occuper de Warren en son absence et de lui préparer ses repas de temps en temps. A partir de 1978, la relation entre Astrid et Warren franchit une étape supérieure. En mai de cette année-là, Astrid s’installa avec Warren. Susie accepta la relation et en dépit de cet arrangement peu conventionnel, Susie et Warren restèrent mariés. Chacun y trouvait finalement son compte, Susie ayant désormais une vie indépendante et Warren ayant quelqu’un pour s’occuper de lui. Ce dernier continua néanmoins de contrôler l’ensemble des fonds qu’il consentait à lui allouer chaque année.

L’empire de Buffett et de Munger se montant désormais à plus de 500 millions de dollars et contrôlait ainsi plus de la moitié de Berkshire Hathaway et 65% de Blue Chip. Entre autres compagnies, ils possédaient des participations dans Rockford Bank, See’s Candies, Wesco, Washington Post, etc. Les différents dirigeants de ces entreprises avaient la chance d’avoir Buffett comme actionnaire car ce dernier aimait les laisser libre de leurs mouvements et de leurs décisions.

Schroeder explique ainsi que ce dernier faisait en sorte de chercher des perfectionnistes obsédés de travail comme lui.

En 1983, Buffett et Munger tombèrent d’accord sur un prix d’achat pour Blue Chip et Berkshire prit le contrôle total de l’entreprise. Buffett et Munger étaient désormais pour la première fois des associés à part entière, bien que Munger fut très clairement en position minoritaire.

A l’âge de 55 ans, Buffett était milliardaire. En 1985, Berkshire Hathaway s’arrachait à plus de 2000 dollars l’action. Buffett jouait parfois un double rôle de gestionnaire de fonds et de CEO. En 1986, ce double rôle ne fut plus possible car de nouvelles lois avaient été passées en matière de taxation. Très attaché à l’entreprise, Buffett choisit d’opter pour le rôle de CEO.

Au milieu de l’année 1986, John Gutfreund, le CEO de la banque d’investissement Salomon Brothers appela Buffett pour lui demander d’investir dans Salomon et jouer ainsi les chevaliers blancs. L’entreprise faisait en effet l’objet d’une OPA hostile. Buffett accepta d’investir 700 millions de dollars en actions préférentielles. Malheureusement, le besoin irrépressible de Buffett de générer de l’argent lui a fait oublier ses aspirations et ses principes les plus nobles. La direction de Salomon s’avéra être un véritable panier de crabes où le mensonge et la traitrise étaient de mise. L’entreprise dut payer des amendes record en raison de fraudes multiples. Buffett redressa la barre en collaborant avec les autorités et en faisant en sorte que les coupables soient traduits en justice.

De riche investisseur, Buffett était soudain devenu un héros national.

Les luttes personnelles et professionnelles

Les investissements de Buffett poursuivirent leur croissance exceptionnelle et en 1996, l’action de Berkshire Hathaway avait atteint la barre record des 34.000 dollars, valorisant l’entreprise à plus de 41 milliards de dollars. Buffett n’avait jamais souhaité diviser la valeur de l’action et il tint parole. A la place, il décida d’émettre une nouvelle classe d’actions appelées actions B. Chaque action B était valorisée à 1/30 de la valeur d’une action A.

En Septembre 2003, Buffett fut désigné par le magazine Fortune comme la personne la plus influente au monde. Dans le même temps, sa femme – Susie – fut atteinte de plusieurs cancers qui nécessitèrent d’importants soins chirurgicaux. Buffett décida de passer chaque weekend à San Francisco pour être aux côtés de sa femme dans les mois qui suivirent.

Lorsqu’on lui demandait de faire le point sur ses erreurs, Buffett citait souvent son acharnement à avoir voulu faire en sorte de ramener sur les rails la branche textile de Berkshire Hathaway 20 années durant. Après le cancer de Susie, ce dernier dira que le succès dans la vie est mesuré par le nombre de personnes que vous aimez et qui vous aiment en retour.

Susie guérit de son cancer en mars 2004 et un médecin lui indiqua qu’elle serait tranquille pour au moins une année. Malheureusement, en juillet de cette année-là, elle subit une attaque lors d’un voyage dans le Wyoming. Elle décéda dans un hôpital aux côtés de Warren et de ses enfants à l’exception de son fils Howard qui était alors en voyage en Afrique et n’eut pas le temps de rentrer au pays avant le décès de sa mère.

Après le décès de sa femme, Warren traversa une période très difficile. Il remonta la pente en cherchant à établir une nouvelle relation avec ses enfants et mit de plus en plus en lumière sa relation avec Astrid Menks. Pour son 76ème anniversaire, Buffett se maria avec Astrid lors d’une cérémonie civile où seule la famille était invitée.

L’héritage de Buffett

En juin 2006, Buffett annonça qu’il ferait don de 85% de la valeur de Berkshire Hathaway à des œuvres de charité. La valeur du fonds étant estimée à l’époque à plus de 37 milliards de dollars. La plus grande partie des fonds étant allouée à la fondation de Bill Gates dont Buffett s’était rapproché avec le temps et dont il admirait la mission. Il demanda que l’argent soit dépensé aussitôt qu’il fut donné. Il répartit ensuite l’argent restant entre les fondations de ses enfants et celle de sa femme.

Warren Buffett décrit l’histoire de sa vie comme une série d’accidents heureux. Cela dit, si quelqu’un lui avait demandé lorsqu’il était petit s’il souhaitait devenir un jour l’homme le plus riche du monde, Warren aurait sûrement répondu oui. Sa passion pour les chiffres l’a amené à découvrir l’univers de l’investissement comme personne d’autre auparavant. Il développa un panel de compétences impressionnant pour éviter de faire des erreurs et réduire le risque au maximum. L’amour de Buffett pour l’argent lui fit parfois prendre des décisions pour lesquelles il atténua ses critères d’exigence. D’un autre côté, cela lui permit également d’éviter de perdre des fortunes en gardant à l’esprit son credo de la marge de sécurité.

Buffett ne cessa jamais de réfléchir à des manières de prospérer financièrement et utilisa toute son énergie, sa concentration et son tempérament rationnel pour accomplir ses objectifs. 

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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