Les 4 Erreurs Les Plus Courantes de l’Investisseur

« L’omniprésence du système gaussien n’est pas une propriété du monde, c’est un problème qui se trouve dans notre esprit, et qui est dû à la façon dont nous regardons le monde. » – Nassim Nicholas Taleb, Le Cygne Noir

Dans son livre Le Cygne Noir, Taleb développe l’idée que la tendance que nous avons de nous conformer à la loi normale nous empêche d’anticiper les événements importants mais peu probables. Nous considérons que le hasard peut être appréhendé de manière linéaire ce qui limite notre champ de vision et accroît par effet ricochet la probabilité d’événements graves. En systémique, on parlerait d’effet de feedback.

Dans cet article, nous vous présentons les 4 types d’erreurs de généralisation à éviter lorsque vous investissez votre argent.

Erreur # 1 : l’erreur d’induction

Pour illustrer cette erreur, Taleb prendre l’exemple d’une dinde avant et après Thanksgiving. Un processus long et linéaire de presque 3 années durant lesquelles elle sera nourrie et choyée. Rien dans cette préparation ne lui permet d’anticiper l’issue fatale qui va être la sienne.

Dans le monde de la finance, c’est exactement le même principe qui est appliqué. On travaille sur des bases de données historiques pour tester un modèle ou mettre en place des procédures de contrôle des risques. Malheureusement, il n’y a aucune garantie que ce qui s’est produit par le passé donnera une indication fiable de ce qui se passera à l’avenir. Certains objecteront que c’est la raison pour laquelle on fait des simulations de Monte-Carlo. Certes, mais ces dernières sont – elles aussi – soumises à des tirages effectués à partir de lois normales et ne peuvent ainsi prendre en compte la survenance d’événement de nature extrême. Comme le dit Philippe Herlin dans son livre Finance : le nouveau paradigme – recommandé par l’Ecole des Finances Personnelles : « on tourne en rond ».

La thèse avancée par l’auteur est la suivante : les marchés financiers répondent à une loi de puissance – ce qui les rend d’autant plus imprévisibles. Pour ne pas tomber dans l’erreur d’induction, il faut éviter de se limiter au passé, à l’historique d’événements, et ne surtout pas croire aux moyennes et écart-types pour donner un sens au hasard régnant sur les marchés financiers. Restez sceptique et gardez l’esprit critique en toutes circonstances, surtout lorsque la communauté des investisseurs se montre optimiste.

Erreur # 2 : l’erreur de confirmation 

C’est ce que les psychologues ont appelé un « biais de confirmation ». Une tendance naturelle, pour confirmer une pensée, à prendre en compte uniquement des éléments qui la corroborent au lieu de chercher un contre-exemple qui l’invaliderait. Chaque être humain élabore sa propre vision du monde et a ainsi tendance à voir uniquement les informations qui la confirment.

Il faut être extrêmement prudent avec cette tendance à voir uniquement les informations qui nous rassurent. A l’heure actuelle, la « masse » d’informations de notre monde interconnecté n’est pas du tout gage de vérité.

La meilleure solution pour éviter de tomber dans un dogmatisme de convenance est encore de formuler une hypothèse et de rechercher ensuite immédiatement les faits qui la réfutent. Il faut développer un empirisme de négation car ce sont les exemples contraires qui nous permettent de nous approcher de la vérité. Comme le dit Taleb dans son livre :

« C’est peut-être cela la véritable confiance en soi : la capacité à regarder le monde sans avoir besoin d’y trouver des signes susceptibles de flatter son propre ego » – Taleb, Le Cygne Noir

Erreur # 3 : l’erreur de narration 

« L’erreur de narration concerne notre quasi-incapacité à observer des suites d’événements sans leur attribuer coûte que coûte un lien logique, une flèche de relation. Les explications permettent de lier les faits ; elles les rendent d’autant plus mémorables. Elles permettent de leur donner du sens (…) Cette erreur est liée à notre propension à la surinterprétation et au fait que nous préférons les histoires compactes aux vérités brutes. » Taleb, Le Cygne Noir

Nous aimons les histoires et nous avons besoin d’identifier des règles pour diminuer le volume de stockage de l’information que nous ingurgitons. Ainsi ne retenons-nous que ce que nous avons identifié comme nécessaire pour avoir à l’esprit une image globale. Le problème, c’est que ce mode de fonctionnement nous incite à penser que le monde est moins aléatoire qu’il ne l’est car notre tendance à la réduction va bien souvent trop loin. Cela implique de manière quasi systématique des erreurs de jugement lorsqu’on applique ce mode de raisonnement à la réalité complexe des marchés financiers et de l’économie. Ce n’est pas pour rien que le story-telling est une arme marketing si puissante.

Pour éviter de tomber dans le piège de l’erreur de narration, il faut tout simplement privilégier l’expérimentation par rapport au récit. C’est l’expérience qui vient ici remettre l’histoire à sa place.

Erreur # 4 : l’illusion rétrospective

Sans doute l’erreur la plus fréquemment utilisée (manipulée ?) par les gourous américains dans le domaine des finances personnelles. Il existe outre atlantique pléthore de livres qui expliquent comme devenir millionnaire et listent les qualités nécessaires pour y parvenir. Comme le dit Taleb :

« la notion de biographie est entièrement fondée sur l’assignation arbitraire d’une relation de causalité entre des caractéristiques spécifiques et des événements subséquents. » Taleb, Le Cygne Noir

Aussi Taleb prend-il l’exemple de Casanova qui, dans ses mémoires, raconte qu’il a toujours su se relever de situations compromises. C’est un fait indiscutable mais on ne parle jamais des aventuriers qui ont échoué et qui n’écrivent d’ailleurs pas leurs mémoires ! Il n’y a d’ailleurs aucune preuve que les qualités personnelles de Casanova étaient plus utiles pour se sortir d’affaire que celles d’autres aventuriers qui ont pourtant échoué.

Pour éviter de tomber dans le piège de l’illusion rétrospective, vous devez utiliser ce que Taleb nomme le « point de référence ». Vous ne devez jamais calculer les probabilités depuis le point de vue avantageux du joueur gagnant mais bel et bien de tous ceux qui se sont lancés dans l’aventure dès le départ. Le succès fièrement annoncé est sans doute un argument commercial très fort, mais il n’est en rien le gage de votre réussite future. Il faut savoir prendre du recul.

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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