Non, Etre Propriétaire de Votre Résidence Principale ne Vous Rendra Pas Plus Heureux

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L’accès à la propriété fait partie des aspirations les plus fortes des français. Pourtant, les dernières études montrent qu’être propriétaire ne rend pas plus heureux. N’aurions-nous rien compris au bonheur ?

Dans l’hexagone, le taux de propriétaire s’établit à 57,7% en 2010. Si de fortes disparités existent entre les départements, personne ne peut nier que l’accès à la propriété est souvent considéré comme un rêve à réaliser par nombre de nos concitoyens.

Il en est de même dans les autres pays occidentaux. Aux Etats-Unis par exemple, près de 90% des américains continuaient à décrire l’accès à la propriété comme une composante clé du rêve américain en 2011, soit 3 ans seulement après l’éclatement de la bulle immobilière qui a fait tant de ravages dans l’économie du pays.

Pourtant, les études les plus récentes montrent clairement que l’accès à la propriété ne rend pas plus heureux. Même au sein de la classe moyenne américaine, être propriétaire semble jouer un rôle négligeable dans la poursuite du bonheur.

Une étude publiée en Allemagne a ainsi montré qu’il n’existe aucune corrélation entre l’augmentation du bonheur et l’achat d’une maison – qu’elle soit plus grande, plus belle ou plus récente.

Entre 1991 et 2007, des chercheurs ont suivi des milliers de foyers qui avaient déménagé pour habiter dans une nouvelle maison car leur ancienne maison ne leur plaisait plus.

Quelques temps après leur déménagement, ces foyers déclaraient effectivement être davantage satisfaits de leur nouvelle maison. Même 5 ans après leur déménagement, ces foyers éprouvaient toujours une satisfaction largement supérieure à celle qui était la leur dans leur ancienne maison.

On pourrait en conclure qu’habiter dans une nouvelle maison contribue à augmenter le sentiment de bien-être général. Mais il n’en est rien : le sentiment de satisfaction supérieur éprouvé par ces foyers au sujet de leur habitation ne se vérifie pas au niveau de leur vie en général.

Autrement dit, ces foyers reconnaissaient une amélioration de leurs conditions de vie après ce déménagement mais ne semblaient pas éprouver un sentiment de bien-être général supérieur.

Bien sûr, il paraît difficile de connaître les conditions de vie exactes de chacun des foyers indépendamment de leur déménagement. Pour valider les conclusions de l’étude, il fallait pousser plus loin le raisonnement en sélectionnant des personnes avec des expériences de vie comparables.

Et c’est exactement ce que Elizabeth Dunn – l’auteur du livre Happy Money : The Science of Smarter Spending – a fait dans une étude menée sur les étudiants de première année de la prestigieuse université de Harvard.

Le campus de l’université est composé de deux types de logement : d’un côté, de belles maisons spacieuses situées au cœur du campus. De l’autre, des maisons qui ne figurent même pas sur la brochure de l’université.

On aurait pu s’attendre à ce que les étudiants qui avaient la chance de loger dans les meilleures maisons soient plus heureux que les autres lors de leur passage sur le campus.

Pourtant, il n’en est rien. Elizabeth Dunn a ainsi montré dans son étude que les étudiants qui logeaient au cœur du campus n’étaient en réalité pas plus heureux que les étudiants qui logeaient dans les maisons les moins convoitées.

Tout comme les foyers allemands, les étudiants qui avaient hérité des belles maisons éprouvaient bien une satisfaction supérieure en matière de logement. Mais leur niveau de bien-être général ne s’en trouvait absolument pas amélioré.

Si la plus grosse dépense dans la vie d’un foyer n’est pas en mesure de nous rendre plus heureux, alors il est peut-être temps de reconsidérer la manière dont nous dépensons notre argent.

Et quand on sait qu’une étude publiée par le cabinet Primeview montre que l’acquisition de la résidence principale ne sera sûrement pas un meilleur choix financier que la location dans les 10 prochaines années, il y a de quoi se poser des questions, non ?

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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