Pour Réussir Vos Investissements, Soyez Chasseur Plutôt Que Fermier

Les revenus que vous tirez de vos portefeuilles d’actifs sont de nature très différente de ceux que vous tirez de votre travail.

La première différence tient au fait que les revenus de portefeuille sont proportionnels à vos actifs et à vos compétences d’investisseur, alors que les revenus du travail sont proportionnels au temps que vous consacrez à votre activité et à vos compétences professionnelles. 

Dans les deux cas, vous avez besoin de compétences clés pour réussir. C’est pourquoi la principale divergence entre les deux réside dans l’opposition entre les variables quantité d’actifs et temps. Bien sûr, la gestion d’actifs demande que vous y consacriez un peu de temps – notamment pour mettre au point votre stratégie d’investissement. De même, le travail demande la maitrise de certains actifs comme des outils ou des ressources spécifiques mais ce sont les proportions demandées dans l’un et l’autre cas qui restent incomparables.

L’étude de cas suivante devrait vous permettre d’y voir plus clair :

1er cas

Nous sommes à la tête d’un capital de 2000 euros qui rapporte du 3% sans effort (60 euros), sachant que ce dernier rapporterait du 5% si nous consacrions un peu de temps à gérer nos actifs (100 euros). Il y a donc une différence de 40 euros entre les 2 situations pour quelques heures de travail. La conclusion est assez évidente. Avec un capital de 2000 euros,  il ne semble pas très rentable de consacrer plus d’une ou deux heures à votre gestion d’actifs dans la mesure où le taux horaire plonge vite en-dessous de ce que vous touchez en travaillant.

2ème cas

Nous sommes maintenant à la tête d’un capital de 200.000 euros qui rapporte également 3% sans effort soit 6.000 euros et 10.000 euros  en pratiquant la gestion d’actifs. Cela fait désormais une différence de 4000 euros ce qui représente un taux horaire extrêmement généreux. Ainsi, le même effort de travail est récompensé 100 fois plus dans le 2ème cas.

De cette mini étude de cas, vous devez tirer 2 conclusions principales :

1. Sans capital ou avec un capital de départ trop faible, le « salaire » horaire tiré de votre gestion d’actifs est trop faible pour que vous lui consacriez beaucoup de temps. C’est la raison pour laquelle l’accumulation est la première étape décisive du processus d’enrichissement. Ainsi, plus votre capital croit, plus il devient intéressant de vous préoccuper de la gestion de vos actifs,

2. Même dans le cas où le salaire horaire que vous vous versez via l’optimisation de votre gestion d’actifs est substantiel, vous ne devez jamais augmenter le nombre d’heures que vous passez à gérer vos actifs. C’est seulement à partir d’un multiple de l’ordre de 25 ou plus entre votre salaire et votre patrimoine que vous devez être amené à vous poser cette question qui ne correspond pas à la situation de Monsieur Toutlemonde.

Attention, cela ne veut pas dire que vous ne devez pas passer du temps à acquérir les compétences à une bonne gestion d’actifs. Cela veut dire qu’une fois que vous avez acquis les compétences pour apprendre à gérer vos actifs de manière optimale, la variable temps n’est plus la variable à privilégier pour mettre en place votre stratégie d’enrichissement. Il y a ici une notion de temporalité cruciale.

Vous devez passer du temps à investir en vous-même et acquérir des compétences, pas à remettre en cause votre stratégie d’investissement à chaque fin de mois.

Dans le cas de la gestion d’actifs, les compétences et la sagesse sont récompensées proportionnellement au capital détenu, mais jamais proportionnellement au temps passé. Cela vous explique en partie pourquoi les riches deviennent toujours plus riches.

Dans une société qui vante les mérites du temps passé au travail et de la productivité, cette leçon est très certainement l’une des plus difficiles à accepter et à assimiler. Trop de gens – y compris bon nombre de professionnels de la gestion d’actifs – raisonnent comme s’il fallait se montrer hyper actif pour optimiser la gestion d’un patrimoine. Ils oublient malheureusement que l’inaction est également une forme d’action et que – bien souvent – il vaut mieux savoir ne rien faire que de mal agir. Pourquoi croyez-vous que 75% des gérants de fonds font moins bien que leur indice de référence ?

La meilleure façon de réussir à changer son cadre de référence est encore de raisonner comme un chasseur plutôt que comme un fermier. Un fermier – un salarié, un indépendant ou un chef d’entreprise – est récompensé par le fruit de son travail. Plus il se montre actif, plus il est récompensé. Il y a une corrélation directe entre son investissement personnel et sa réussite. Un chasseur raisonne différemment. Ce n’est pas parce que ce dernier va décider de parcourir à pied la forêt dans son intégralité qu’il aura plus de chances de ne pas repartir bredouille. Au contraire, une stratégie bien connue consiste à identifier au préalable le meilleur endroit pour chasser (compétence), et ensuite à se cacher et à attendre patiemment que l’opportunité se présente.

Il n’est jamais facile de changer de cadre de référence. C’est la raison pour laquelle le fermier devenu chasseur est très certainement son propre meilleur ennemi. La patience est une vertu dont l’apprentissage nécessite du temps. Une chose est sure : l’investisseur impatient a peu de chances de s’enrichir.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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