Pourquoi Dépensons-Nous Notre Argent ?

dépense

« Notre société est devenue un système des objets, qui emprisonne l’homme dans le ludique de la consommation. » – Jean Baudrillard, Le système des objets

Il est possible de classer nos dépenses dans deux catégories principales : les dépenses utilitaires et les dépenses plaisir.

D’un côté, on retrouve tout ce qui touche aux besoins primaires de l’existence : alimentation, vêtements, logements, etc.

De l’autre, des achats davantage motivés par nos désirs, nos sensations de manque et nos tentations largement influencées par les messages publicitaires. Même nos dépenses de première nécessité sont désormais influencées par la publicité !

Si la catégorisation des dépenses paraît évidente de prime abord, les motivations de dépenses sont quant à elles souvent beaucoup plus obscures.

Le plaisir devient un manque

La publicité a tendance à transformer nos plaisirs en besoins et nos besoins en manques que seul l’achat irrépressible vient apaiser. Consommer est devenu un acte ludique, axé sur la recherche de la nouveauté et le besoin irrépressible d’acheter pour compenser.

Alors qu’il est à l’origine un acte de plaisir, le moyen d’offrir des cadeaux à soi et aux autres, l’argent est davantage devenu source d’obligation plutôt que de partage et de plaisir. Acheter est devenu une sorte de conditionnement, qui voit la foule se bousculer dans les centres commerciaux le samedi après midi. Beaucoup de nos contemporains agissent désormais mécaniquement et se pressent dans les magasins alors même que l’envie n’est plus là et qu’ils pourraient utiliser leur temps de manière complètement différente.

L’initialisation du processus d’achat se caractérise de plus en plus comme une excitation incontrôlée qui monte durant la préparation de l’achat et persiste jusqu’à la décision d’achat au moment de dépenser son argent puis retombe comme un soufflet en quelques jours seulement pour mieux repartir de plus belle à la prochaine tentation. C’est d’ailleurs cette recherche de l’excitation qui explique en grande partie la répétition de nos comportements d’achats qui peuvent devenir pour certains une véritable dépendance à l’argent.

Dépenser son argent est une manière de compenser, d’apaiser nos émotions négatives si notre journée de travail s’est mal passée. La dépense devient en quelque sorte une pommade, quelque chose que l’on s’autorise pour oublier nos déboires du moment. Parfois, elle peut être utilisée comme un remède lorsque notre malaise existentiel devient plus intense. La frontière entre l’achat compulsif et l’acheteur compulsif ne tient dès lors plus qu’à la fréquence de ces « petits plaisirs » que nous nous octroyons dans le but de noyer nos idées noires.

La dépense devient identité

« J’achète donc je suis », voilà en quelques mots résumés le pouvoir de consommer dont nous nous sentons investis dès lors que nous sommes en situation de « bien gagner notre vie ». Si je peux acheter, c’est que je suis investi de l’identité de « monsieur et madame tout le monde ». C’est que j’existe aux yeux des autres, aux yeux de mes contemporains et que je suis reconnu par ces derniers comme un membre de leur tribu.

Pourtant, l’homme tend bel et bien à perdre son identité propre dans ce grand magma que représente aujourd’hui la consommation de masse. Celui qui consomme pour se donner le sentiment d’exister ne serait finalement pas différent de ses voisins. Cela a au moins le mérite de rassurer ce dernier qui ne semble pas prêt à s’affirmer autrement que par une identité d’acheteur dont les bases semblent bien fragiles.

Dans une certaine mesure, la modernité et le développement des nouvelles technologies ont eux aussi permis de franchir une nouvelle étape dans cette affirmation d’identité par l’achat. Nul besoin désormais de se presser dans un centre commercial bondé : internet procure suffisamment de choix pour faire ses emplettes. Il suffit dorénavant de se montrer capable d’acheter pour se sentir bien.

La dépense pour se démarquer des autres

Evidemment, l’acte d’achat est devenu extrêmement codifié. Il ne suffit pas d’acheter, il faut également pouvoir montrer. Les achats de produits de luxe sont destinés à afficher ma position dans la hiérarchie des classes sociales. C’est l’argent pouvoir qui est ici en jeu. Même si je n’appartiens pas à la « classe dominante », je dois dépenser mon argent de telle manière à faire croire que j’en suis l’un des adeptes.

Chaque objet que l’on achète revêt pour nous un caractère symbolique. Il existe une valeur symbolique et idéalisée associée à la possession d’un objet que nous tentons d’accaparer. C’est d’ailleurs cette valeur symbolique de l’objet convoité que met en lumière Alain de Bottom – l’auteur du livre Status Anxiety recommandé par l’EFP – dans son intervention sur TED intitulée « Une plus douce, humaine philosophie sur la réussite » au sujet de « l’homme avec une grosse voiture ».

Chez les adolescents comme chez les adultes, l’achat peut avoir valeur d’identification. Les professionnels du marketing l’ont bien compris, eux qui nous incitent à acheter « parce que nous le valons bien ». Dépenser revient finalement à s’approprier une image idéalisée pour compenser une représentation de soi défaillante. Et la publicité ne s’est pas privée de s’emparer de ces mécanismes d’identification qui font la fortune des grandes multinationales aujourd’hui.

Introspection et autonomie de pensée

Face à ces comportements moutonniers et normatifs, il importe de se poser les bonnes questions. Les questions essentielles qui vous permettront de vivre pleinement votre vie en fonction de choix qui importent vraiment pour vous. Ces choix exprimeront alors pleinement les valeurs qui sont les vôtres et vous permettront de trouver du vrai plaisir dans la vie que vous menez.

La seule vraie question que vous devriez vous poser lorsque vous dépensez votre argent est la suivante : « en quoi cet achat est-il important pour moi ? Pour mes proches ? ». L’idée n’est pas de vous arrêter de dépenser votre argent, mais au contraire de le dépenser mieux et de manière beaucoup plus qualitative. De le dépenser pour vous faire plaisir et faire plaisir à vos proches. Vraiment. De vous assurer que vous maitrisez l’idée qu’évoquent pour vous le succès et la réussite en comparaison de ce que vous êtes. Que vous êtes véritablement l’auteur de l’idée que vous vous faites de l’ambition et de la réussite sociale.

Ne laissez plus jamais qui que soit décider pour vous de ce que vous souhaitez être et faire de votre vie. Acceptez de tenir compte du tourbillon de forces à l’œuvre dans votre vie qui tentent de vous définir et d’influer sur la manière dont vous vous voyez vous-même. Acceptez ces paramètres mais refusez de les laisser prendre le pouvoir.

Car le véritable pouvoir, celui qui vous permettra de vivre la vie que vous souhaitez vraiment, ne se trouve pas à l’extérieur dans le centre commercial du samedi après midi. Il se trouve à l’intérieur de vous et il aspire justement à ce que vous le libériez.

Encore faut-il lui prêter suffisamment d’attention et de temps pour le laisser s’exprimer. Tout simplement.

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

Article précédent:

Article suivant: