Pourquoi la Peur de Perdre de l’Argent vous Fait Prendre de Mauvaises Décisions Financières

Il est dans la nature humaine de vouloir éviter quelque chose de désagréable. Les pertes font partie de la vie de l’investisseur, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ne sont pas toujours bien gérées.

L’aversion aux pertes

En règle générale, un investisseur déçu par les performances d’un placement tentera de limiter la casse en revendant son actif au meilleur prix. Il préférera ainsi l’adage du « pas vendu, pas perdu » à la décision de « couper » ses pertes. En agissant de la sorte, l’investisseur immobilise son argent sur un actif pour une durée indéterminée et se prive par la même occasion des opportunités de réinvestissement qui se présenteront à lui par le biais d’autres actifs peut-être plus performants.

Une étude de cas intéressante nous est fournie par Michael Mangot, dans son livre 50 petites expériences en psychologie de l’épargnant et de l’investisseur.

Ce dernier reprend ainsi les conclusions d’une étude publiée par D. Genesove et C. Mayer en 2001 qui ont analysé le comportement des vendeurs d’appartement à Boston entre les années 1990 et 1997. On y apprend ainsi qu’en bas de cycle, les vendeurs de bien immobilier souffrent de l’aversion  aux pertes et demandent en moyenne une « prime » de l’ordre de 25 à 35% de différence entre le prix du marché et leur prix. La conséquence d’un tel comportement est bien évidemment une moindre chance de vendre le bien, un temps de mise sur le marché plus long mais – et c’est plus surprenant – un gain final de l’ordre de 3 à 18% de différence entre le prix d’achat et le prix de marché… Il arrive donc parfois que l’obstination soit finalement récompensée.

L’aversion au regret

En réalité, l’aversion aux pertes est un cas particulier d’un biais comportemental global que l’on nomme « l’aversion au regret ». Les travaux de Kahneman et Tversky – qui ont d’ailleurs valu le prix Nobel d’économie à Kahneman en 2002 – montrent dans une étude statistique sur le comportement des investisseurs sur le marché finlandais que les investisseurs individuels éprouvent une difficulté à vendre des titres perdants par rapport au marché et ce d’autant plus que la sous performance en question est récente.

Ainsi, une autre étude réalisée par Nofsinger en 2001 démontre très clairement que le niveau de satisfaction de l’investisseur n’est pas tant influencé par la qualité de sa performance que par l’image que cette dernière lui renvoie de lui-même. C’est un peu comme si l’investissement lui servait de miroir existentiel, peu importe la performance relative de ce dernier par rapport aux fluctuations globales du marché. C’est la raison pour laquelle l’investisseur vend ses titres gagnants avant tout s’il peut s’auto-complimenter de la performance réalisée.

Une autre conséquence de cette aversion au regret est finalement que le point de référence utilisé par les investisseurs varie largement d’un investisseur à l’autre en matière de décision d’achat et de vente. Il règne de ce point de vue sur les marchés une très forte instabilité des processus cognitifs de prise de décision. L’hypothèse d’efficience des marchés n’a décidément pas un grand avenir devant elle.

L’effet de la dépense engagée

C’est ce que l’on appelle communément « moyenner à la baisse ». N’importe quel investisseur aura d’autant plus de mal à revendre un actif perdant qu’il a beaucoup investi dedans. Plutôt que d’accepter ses pertes, il arrive fréquemment que ce dernier se persuade qu’il est pertinent d’aller jusqu’au bout et qu’il réinvestisse encore et encore.

En 2005, Odean, Strahilevitz et Barber ont calculé sur un échantillon de plus de 66.000 investisseurs sur la période 1991-1996 et de 665 .000 investisseurs sur la période 1997-1999 que la probabilité qu’un investisseur renforce sa position dans un intervalle de 12 mois est de 9,4% en moyenne pour les titres gagnants et de 14,6% pour les titres perdants.

S’il est vrai que racheter les titres en perte pour diminuer son prix de revient moyen permet en effet un retour à l’équilibre plus rapide, il ne faut pas perdre de vue que la part globale de l’actif perdant dans le portefeuille grossit irrémédiablement ce qui a pour conséquence directe d’augmenter invariablement le risque du portefeuille.

« Ce n’est définitivement pas en arrosant les mauvaises herbes qu’on fait un beau jardin » – Michaël Mangot, 50 petites expériences en psychologie de l’épargnant et de l’investisseur

Le cadrage hédonique

L’investisseur cherche bien souvent à optimiser le plaisir que lui procure l’investissement sur les marchés financiers. Pour cela, il regroupe ses pertes – qui lui paraissent ainsi moins douloureuses – et préfère en revanche séparer ses gains qui sont davantage plaisants à encaisser ainsi.

En agissant ainsi, l’investisseur évite la succession de moments désagréables si difficiles à gérer pour lui sur le plan émotionnel. Les grands dirigeants ont bien compris ce comportement des investisseurs, ce qui explique notamment qu’ils préfèrent  éviter les séries d’exercices en pertes pour préserver autant que possible l’image de leur société sur les marchés. Cette stratégie est appelée communément le « grand bain ».

Pour réussir vos investissements, vous devez donc être en mesure de faire preuve de résilience et de contrôle émotionnel. Tout un programme

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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