Vie financière : comment éviter le piège de la rumination mentale ?

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Lorsqu’on a des problèmes d’argent ou des problèmes avec l’argent, on a parfois tendance à se focaliser dessus.

On s’inquiète, on rumine et on se laisse peu à peu envahir par des pensées négatives.

Des pensées négatives qui ne sont pas toujours un problème permanent. Mais qui peuvent le devenir si l’on n’y prend pas garde.

La rumination mentale, c’est en quelque sorte le nouveau mal de société.

Un mal qui, d’après une étude menée sur 1.300 personnes choisies au hasard, touche 63% des jeunes adultes et 52% des quadragénaires, qui peuvent être considérés comme des « overthinkers ».

Un mal identifié par la psychologue Susan Nolen-Hoeksema, professeur à l’université du Michigan aux Etats-Unis.

Lorsque nous sommes rongés par la rumination mentale, « nos pensées négatives gonflent, à l’exemple d’une pâte agrémentée de levure. Au début, elles se focalisent sur l’événement qui vient d’avoir lieu, puis, peu à peu, elles glissent vers d’autres situations du passé, du présent, brassant pêle-mêle nos doutes les plus intimes. »

C’est cet aspect chaotique, en spirale, ce « retricotage d’idées » très agité qui caractérise la rumination mentale.

Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, le chaos mental qui nous habite alors nous laisse complètement incapable de réfléchir comme nous le souhaitons.

On devient incapable de distinguer ce qui a vraiment du sens pour nous, au point de ne plus être capable de hiérarchiser les soucis qui nous affectent.

Bien sûr, lorsqu’on connaît des problèmes d’argent, il est normal de s’en inquiéter. Mais cela devient clairement handicapant lorsqu’on tourne en boucle les problèmes dans notre tête sans parvenir à trouver de solution.

C’est comme si nous étions envahis par des pensées sans direction. Des pensées qui nous traversent l’esprit et que l’on ne parvient pas à mettre en forme. Alors que la réflexion véritable nous permet de faire le tri et d’aller de l’avant.

Comme souvent, la racine du problème est à chercher dans notre manière d’appréhender notre vie émotionnelle.

L’émotion, ce n’est ni plus ni moins qu’une adaptation de notre cerveau à un événement. Et quel que soit l’événement en question, ce qui compte, ce n’est pas sa nature mais la manière dont notre cerveau s’y adapte.

La rumination mentale nous indique que nous sommes passés d’un état d’ouverture à un état de défense. Et face à la menace à laquelle nous sommes désormais confrontés (le manque d’argent ou le supposé manque d’argent), nous réagissons en adoptant un comportement de fuite.

Une fuite qui se traduit par une période de surchauffe cérébrale et d’agitation sensorielle, qui vise en théorie à mobiliser nos ressources pour trouver des solutions. En théorie, car dans la pratique malheureusement, nous n’y parvenons plus.

Les pensées se succèdent à un rythme infernal. Nous cogitons cogitons cogitons et alors que 500 idées à la seconde traversent notre esprit, nous ne parvenons plus à redevenir maitre de notre propre espace mental.

Lorsqu’on manque d’argent, il est normal d’avoir peur du lendemain et des conséquences que ce manque d’argent peut impliquer.

Le problème, c’est quand on est incapable d’être à l’écoute de notre peur pour identifier les besoins qu’elle exprime et agir ensuite de manière réfléchie et ordonnée. Quand on subit notre peur et qu’on s’y enferme.

Le problème avec la rumination mentale, c’est qu’on y prend goût. On finit par s’y habituer. Petit à petit. Sournoisement et progressivement. Et elle ne nous quitte plus.

Pourquoi ? Tout simplement parce que s’encombrer la tête a une fonction d’antidépresseur. Nous sommes alors coupés de nos sensations et de nos émotions et nous percevons cette coupure comme salvatrice.

L’avantage, c’est qu’elle nous permet d’ériger un mur entre nous et nos angoisses existentielles les plus profondes.

L’inconvénient, c’est qu’elle ne nous permet pas de les affronter et de trouver une solution pérenne pour aller de l’avant et sortir de l’impasse.

Comme souvent, les solutions ne manquent pas. Et chacun est libre de choisir celle qui lui correspond le mieux.

Méditation (pour vivre l’instant présent et arrêter de se projeter)…

Exercice physique requérant concentration et remise en cause de votre zone de confort (histoire d’éviter à votre cerveau de reprendre confortablement son cycle de ruminations)…

Activité qui requiert toute votre attention et que vous appréciez (car bien souvent les problèmes disparaissent dès lors que vous ne les nourrissez plus de votre énergie mentale)…

Mais le plus important, c’est sûrement de prendre conscience dans un premier temps que vos ruminations ne vous aident pas à trouver de solutions à vos problèmes.

Qu’elles doivent cesser tout de suite et maintenant si vous souhaitez vraiment vous sentir libre.

Vous devez d’abord vous persuader que tourner en boucle les problèmes dans votre tête en vous posant 1.000 questions à la minute ne fera qu’empirer les choses.

Parce qu’une fois l’esprit habitué à se complaire dans le marasme, il devient très difficile de l’en sortir. En associant vos humeurs à votre petit vélo mental, il renforce peu à peu votre addiction.

Une addiction qui vous pousse à tourner en boucle et vous rend toujours plus réfractaire aux solutions extérieures qui pourtant, vous aideraient vraiment. Elles.

La prise de conscience n’est sans doute pas suffisante. Mais elle est – à n’en pas douter – l’étape la plus importante dans le processus de réhabilitation de votre esprit.

Car une fois sorti(e) du cycle infernal des pensées, vous commencerez à y voir plus clair et à prendre de meilleures décisions financières.

Les ruminations reviendront, c’est une certitude. Mais vous aurez appris à leur dire STOP.

Vous aurez compris qu’elles ne vous aident pas. Bien au contraire.

Et vous parviendrez à trouver des solutions beaucoup plus rapidement que par le passé.

Le cerveau est joueur et il se pourrait même que des solutions apparaissent dans votre esprit. Sans même que vous ne l’ayez sollicité.

Faites le test pour voir. Vous serez surpris(e) du résultat…

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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