Vivre. La Psychologie du Bonheur (Partie 1)

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Caractéristiques

Version originale : Flow. The Psychology of Optimal Experience.

Version papier : 377 pages

Temps de lecture estimé (livre complet) : 8 heures

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Choix du livre

« Quand sommes-nous heureux ? Selon Mihaly Csikszentmihalyi, nous atteignons le bonheur lorsque notre état d’esprit possède certaines qualités bien particulières : lorsque nous donnons le meilleur de nous-mêmes, durant ces moments de grâce que nous pouvons cultiver à loisir.

Depuis plus de trente ans, Mihaly Csikszentmihalyi étudie scientifiquement la question du bonheur. Qu’est-ce qui rend les gens heureux ? Qu’est-ce qui donne son sens à la vie ? Et surtout, à quels moments ?

Après avoir interrogé des milliers de personnes, Csikszentmihalyi a découvert que ce sentiment d’intense satisfaction est causé par un état de conscience particulier qu’il a baptisé la « fluidité », ou « expérience optimale ». Qui n’a pas, un jour ou l’autre, connu une « expérience optimale » ? Entièrement absorbé par ce que l’on est en train de faire, on a l’impression que les choses ne nous demandent aucun effort, on ressent un sentiment de puissance, d’aisance, on ne sent pas le temps passer, les soucis émotionnels s’évanouissent…

Ainsi, l’accès au bonheur résiderait dans la capacité de chacun à maîtriser son attention. » – Editeur

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Temps d’écoute estimé : 29 minutes

A propos de l’auteur

« Mihály Csíkszentmihályi est un psychologue hongrois, tenant d’une conception humaniste de la créativité et de la définition de la créativité correspondante. Il a émigré aux États-Unis à l’âge de 22 ans.

Il est actuellement professeur à l’Université de Claremont en Californie, et il a été directeur du département de psychologie de l’Université de Chicago et du département de sociologie et d’anthropologie du Lake Forrest College.

Il a travaillé sur le bonheur, la créativité et le bien-être subjectif, mais il est surtout connu comme l’architecte de la notion de flux et pour ses années de recherche sur ce sujet. Il est l’auteur de nombreux livres et de plus de 120 articles ou chapitres de livres. » – Wikipédia

Le bonheur revisité

Quelle que soit la nature de ses intentions, aucun livre n’est en mesure de donner des recettes toutes faites pour atteindre le bonheur. Parce que l’expérience optimale dépend de notre capacité à contrôler ce qui se passe dans notre conscience à tout moment, chacun doit faire en sorte d’atteindre le bonheur grâce à ses propres efforts individuels et à sa propre créativité.

C’est la raison pour laquelle ce livre n’a pas pour objectif de présenter une liste de choses à faire et à ne pas faire. Il faut davantage le voir comme un voyage à travers l’esprit guidé par les outils de la science. Comme toute aventure digne de ce nom, le voyage ne sera pas facile. Sans effort intellectuel particulier, sans engagement à réfléchir sur soi, il y a peu de chance que vous bénéficiez réellement des apports inestimables de ce livre.

L’état optimal d’expérience intérieure se manifeste lorsque la conscience est en ordre. Cela se produit lorsque l’énergie psychique – l’attention – est dirigée vers des objectifs réalistes et lorsque les compétences de l’individu coïncident avec des opportunités d’action. La poursuite d’un objectif apporte de l’ordre à la conscience car dans ce cas l’individu doit concentrer son attention sur une tâche en particulier et oublier ainsi momentanément tout ce qui se passe à côté.

Une personne qui est parvenue à prendre le contrôle de son énergie psychique et l’a investi consciencieusement dans des objectifs qu’elle a elle-même choisis a trouvé la formule qui lui permet de se développer personnellement pour devenir un individu profond et complexe. En faisant en sorte d’améliorer ses compétences, de se confronter à des défis toujours plus exigeants, cet individu devient progressivement une personne extraordinaire.

Avant de décrire comment il est possible d’atteindre l’expérience de flux optimal, il est nécessaire de passer en revue les différents obstacles qui empêchent l’être humain de se réaliser pleinement.

La principale raison qui explique pourquoi le bonheur est si difficile à atteindre tient au fait que l’univers n’a pas été créé pour le petit confort des êtres humains. Nous ne pouvons pas changer grand chose à la manière dont l’univers fonctionne. La manière dont nous nous percevons, la joie que nous ressentons à l’idée de vivre dépend directement de la manière dont notre esprit filtre et interprète nos expériences de vie quotidiennes. Notre bonheur dépend de notre sentiment d’harmonie intérieure, pas du degré de contrôle que nous sommes en mesure d’exercer sur les forces de l’univers.

Dans notre quête du bonheur, nous devons rester vigilant et ne pas céder aux sirènes de l’escalade. Se fixer des objectifs toujours plus élevés est une bonne chose du moment que nous prenons du plaisir lorsque nous luttons pour les atteindre. L’escalade devient un problème lorsque nous sommes tellement obnubilés par ce que nous souhaitons obtenir que nous cessons de prendre du plaisir dans le moment présent. Lorsque cela se produit, nous hypothéquons très sérieusement nos chances d’éprouver une quelconque forme de contentement.

Pour ne pas sombrer dans l’anxiété et la dépression, un individu doit devenir indépendant de son environnement social au point qu’il ne considère plus ce dernier uniquement en termes de récompenses et de punitions. Pour atteindre un tel degré d’autonomie, une personne doit apprendre à se récompenser elle-même. Elle doit développer une véritable capacité à éprouver de la satisfaction et à se fixer des objectifs indépendamment des conditions extérieures. Ce défi est à la fois plus facile et plus difficile qu’il n’y paraît. Il est plus facile car cette faculté dépend uniquement de l’individu lui-même. Il est plus difficile car il requiert de la discipline et de la persévérance qui sont des qualités relativement rares. Etre en mesure de contrôler l’expérience présente requiert un changement d’attitude pour être capable de différencier ce qui est important de ce qui ne l’est pas.

L’essence même de la socialisation est de rendre les personnes dépendantes des contrôles sociaux pour être en mesure de prévoir leurs réponses comportementales aux récompenses et aux punitions. Et la forme la plus efficace de socialisation est atteinte lorsque les individus s’identifient si fortement à l’ordre social qu’ils ne sont plus en mesure de s’imaginer transgresser ses règles.

En nous faisant œuvrer pour lui permettre d’atteindre ses objectifs, la société est entourée d’alliés puissants tels que nos besoins biologiques et notre conditionnement génétique. La plupart des contrôles sociaux sont par exemple basés sur la menace de notre instinct de survie. Lorsqu’ils ne sont pas basés sur la douleur, les systèmes sociaux utilisent le plaisir pour nous faire accepter les normes. La vie rêvée promise comme récompense d’une vie de labeur et de notre adhésion à la loi est construite sur les envies irrésistibles contenues dans notre programme génétique. Pratiquement chaque désir devenu partie intégrante de la nature humaine, de la sexualité à l’agression, de la sécurité à la réceptivité au changement, a été exploité comme source de contrôle social par les hommes politiques, les églises, les entreprises ou les publicitaires.

A l’heure actuelle, le principal obstacle au bonheur provient du fait qu’il est à la mode de considérer que ce que nous ressentons à l’intérieur de nous-même est le meilleur guide de vie. La seule autorité dans laquelle les gens souhaitent croire est leur propre instinct. Si quelque chose paraît agréable, si cela paraît naturel et spontané, alors cela doit être juste. Malheureusement, lorsque nous ne faisons que suivre les suggestions des instructions génétiques et sociales sans jamais les remettre en question, nous faisons dépendre le contrôle de notre conscience des forces extérieures. Une personne qui n’est pas en mesure de résister à la nourriture ou à l’alcool, et dont l’esprit est tourné en permanence vers le sexe, n’est pas vraiment libre de diriger son énergie psychique comme elle l’entend.

La meilleure manière de s’émanciper des contrôles sociaux est encore de faire en sorte de trouver des récompenses dans les événements qui se produisent à chaque instant. La douleur et le plaisir ne se produisent que dans la conscience et uniquement dans la conscience. Comme le disait Epictète il y a très longtemps : « Les hommes ne sont pas effrayés par les choses, mais par leur manière de les percevoir ». Marc Aurèle ajoutait d’ailleurs : « Si vous souffrez à cause de choses extérieures, ce ne sont pas elles qui vous posent problème mais votre propre jugement sur ces choses-là. Et il est en votre pouvoir de modifier votre jugement dès maintenant ».

Alors que nous connaissons l’importance de libérer son esprit des vicissitudes extérieures depuis des millénaires, il peut paraître surprenant que nous n’ayons pas fait de progrès significatifs dans ce domaine. Selon l’auteur, il existe 2 explications majeures à cette stagnation du progrès à ce sujet.

Tout d’abord, le type de connaissance requis – la sagesse – nécessaire pour émanciper la conscience n’est pas cumulatif. Il est impossible de la condenser dans une formule toute faite. Il est impossible de la mémoriser pour l’appliquer ensuite de manière routinière. Comme n’importe quelle forme complexe d’expertise, elle doit être gagnée au travers d’un processus de tests et d’erreurs, de l’expérience vécue par l’individu. Le contrôle de la conscience n’est pas seulement une compétence cognitive. De la même manière que l’intelligence, il requiert l’engagement des émotions et de la volonté. Il ne suffit pas de savoir comment faire quelque chose, il faut également agir de façon consistante à la manière des athlètes ou des musiciens qui doivent pratiquer continuellement ce qu’ils connaissent en théorie. Et dans un domaine comme celui de la psychologie humaine, le progrès n’est pas facile à entretenir dans la mesure où il demande de modifier nos propres habitudes et nos propres désirs.

Ensuite, la connaissance qui consiste à savoir comment contrôler la conscience doit être reformulée chaque fois que le contexte culturel change. La sagesse des mystiques, des sufis, des yogis ou des maîtres Zen a atteint des sommets en leur temps, mais lorsque nous effectuons le transfert de leurs enseignements dans notre vie de tous les jours, ces systèmes perdent de leur puissance originelle. Ils contiennent en effet des éléments qui sont spécifiques à leurs contextes d’origine et lorsque ces éléments contextuels ne sont pas distingués de ce qui est essentiel, la voie de la liberté se trouve parsemée d’obstacles inutiles qui nous empêchent d’atteindre nos objectifs.

L’anatomie de la conscience

Avant de déterminer comment il est possible d’améliorer la qualité de nos expériences de vie, il importe de revoir brièvement le fonctionnement de la conscience et ce que l’on entend par « expériences ».

La fonction de la conscience est de représenter l’information – ce qui se passe en dehors et à l’intérieur de l’organisme – de manière à ce que cette dernière puisse être évaluée et assimilée par l’entité vivante. Dans cette optique, cela signifie qu’une personne peut très bien se rendre heureuse ou malheureuse indépendamment des conditions extérieures uniquement en modifiant le contenu de sa conscience. Nous connaissons tous des individus capables de se sortir de situations désespérées, uniquement par la force de leur personnalité. Cette faculté à persévérer en dépit des obstacles et des revers est une des qualités les plus admirées par les individus chez les autres. Et il s’agit probablement du trait de personnalité le plus important pour réussir dans la vie autant que pour l’apprécier à sa juste valeur.

Pour développer cette faculté, un individu doit être en mesure de trouver une manière d’ordonner sa conscience pour contrôler ses émotions et ses pensées. La force qui nous permet de maintenir l’information ordonnée dans notre conscience, c’est ce que l’on appelle communément « l’intention ». Quelle soit consciente ou non, l’intention naît dès lors que l’individu est conscient de désirer ou de vouloir réaliser quelque chose. Chacun d’entre nous a la liberté de contrôler sa réalité subjective.

L’information entre dans notre conscience soit parce que nous dirigeons notre attention vers elle soit parce qu’elle est le résultat de nos habitudes basées sur des instructions sociales et biologiques. Ces opérations mentales complexes doivent être complétées en l’espace de quelques secondes, parfois même en une fraction de seconde. Alors que former un tel jugement peut paraître être une réaction instantanée, cela ne se produit pas nécessairement en temps réel ni automatiquement. Il convient ainsi de mettre en lumière un processus distinct qui permet de rendre ces réactions possibles, un processus appelé « l’attention ». C’est l’attention qui permet de sélectionner les informations pertinentes des millions d’informations disponibles. Cela demande de l’attention de trier les références stockées dans la mémoire, d’évaluer l’événement, et ensuite de choisir une réaction appropriée.

Ainsi, certaines personnes apprennent à utiliser cette ressource inestimable efficacement, alors que d’autres la gaspillent. La marque d’une personne qui est en mesure de contrôler sa conscience, c’est sa capacité à se concentrer sans difficulté particulière, à se montrer hermétique aux distractions en tous genres, à se concentrer autant que nécessaire pour accomplir une tâche. Et la personne qui est en mesure d’accomplir tout cela est véritablement celle qui est la mieux placée pour apprécier le cours normal de sa vie de tous les jours. L’attention est véritablement notre outil le plus important pour améliorer la qualité de nos expériences de vie.

La qualité de nos expériences dépend directement de la manière dont nous dirigeons notre énergie psychique, c’est à dire de la structure de notre attention. Cette dernière est directement reliée à nos objectifs et à nos intentions. Ces processus sont connectés les uns aux autres par l’ego, c’est à dire la représentation mentale dynamique que nous avons de l’intégralité de notre système d’objectifs. Ce sont les principales composantes sur lesquelles nous devons agir pour améliorer nos circonstances de vie.

L’une des forces les plus nocives pour la conscience est ce que l’on appelle les troubles psychiques. Il s’agit en réalité d’information qui entre en conflit avec nos intentions existantes ou qui nous empêche de les réaliser. Nous donnons à ces états des noms différents selon l’expérience qu’ils nous font vivre : douleur, peur, colère, anxiété ou jalousie. Ces divers désordres poussent l’attention vers des objets non désirés nous empêchant d’être libre de l’utiliser selon nos préférences. L’énergie psychique devient alors incontrôlable et inefficace. Le processus est d’ailleurs similaire quel que soit l’individu considéré. Une information qui est en conflit avec les objectifs de l’individu apparaît dans sa conscience. En fonction de l’importance que représente l’objectif pour l’ego et du degré de sévérité de la menace, une certaine dose d’attention va être mobilisée pour éliminer le danger, laissant moins d’attention disponible pour s’occuper d’autres sujets.

L’état opposé de l’entropie psychique qui caractérise les troubles psychiques est celui de l’expérience optimale. Lorsque l’information qui est portée continuellement à notre attention est en ligne avec nos objectifs, l’énergie psychique en découle naturellement et sans effort. Il n’y a aucune raison particulière de s’inquiéter, aucune raison de remettre en cause l’adéquation de nos efforts. Les feedbacks positifs renforcent l’ego et davantage d’attention est libérée pour faire face à l’environnement extérieur et intérieur.

L’expérience optimale est une situation dans laquelle l’attention peut être investie librement dans l’accomplissement de nos objectifs, car il n’existe aucun désordre à gérer ni aucune menace contre laquelle l’ego doit se défendre. L’expérience du flux est ainsi nommée par l’auteur en référence aux différents individus interrogés durant le processus de recherche qui décrivaient en ces termes l’expérience vécue. Lorsqu’une personne est en mesure d’organiser sa conscience pour être en état de flux aussi souvent que possible, la qualité de vie s’améliore inévitablement. Même les routines les plus ennuyeuses deviennent dans ce cas constantes et agréables. Le combat que nous devons mener pour éprouver cet état optimal de conscience n’est pas tant contre l’ego mais contre l’entropie que le désordre fait régner dans notre conscience. Il s’agit à proprement parler d’un combat pour l’ego, pour le contrôle de l’attention. Le flux est avant tout la récompense d’un haut degré de concentration disciplinée.

L’autre bénéfice tiré de l’état optimal du flux est de permettre à l’ego de se complexifier. Paradoxalement, c’est lorsque nous agissons librement, pour l’action elle-même plutôt que pour des motifs ultérieurs que nous apprenons le mieux à devenir meilleur. Lorsque nous définissons un objectif et que nous nous investissons dedans au paroxysme de notre concentration, tout ce que nous accomplissons devient agréable. Et une fois que nous avons goûté aux joies de cet état, nous redoublons d’effort pour parvenir à l’atteindre de nouveau. C’est de cette manière que nous permettons à notre ego de croitre. Le flux est essentiel car il est à la fois ce qui permet de rendre le moment présent d’autant plus agréable et ce qui bâtit la confiance en soi qui nous permet de développer nos capacités et notre contribution à l’humanité.

La joie de vivre et la qualité de vie

Il existe 2 stratégies différentes que nous pouvons adopter pour améliorer notre qualité de vie. La première est de faire en sorte que les conditions extérieures soient en adéquation avec nos objectifs. La seconde est de changer la manière dont nous percevons les conditions extérieures pour leur permettre de mieux s’adapter à nos objectifs. L’auteur rappelle ainsi que le mythe du roi Midas illustre parfaitement le fait que contrôler les conditions extérieures ne signifie pas nécessairement l’amélioration de nos conditions de vie.

La richesse, le statut social et le pouvoir sont devenus des symboles de bonheur bien trop importants dans notre société. Pour améliorer ses conditions de vie, il est préférable pour l’individu d’améliorer avant tout la qualité de ses expériences. Cela ne signifie bien sûr pas que l’argent, l’exercice physique ou la célébrité ne participent pas au bonheur. Ils peuvent être considérés comme des alliés précieux à partir du moment où ils nous permettent de nous sentir mieux. Dans le cas contraire, ils sont au mieux neutres, au pire des obstacles à une vie épanouie. La plupart des études sur le sujet montrent d’ailleurs très clairement que la corrélation entre le niveau de vie et le bonheur ressenti par un individu ne va absolument pas de soi. L’argent peut améliorer ou détériorer notre bonheur, tout dépend de l’utilisation qui en est faite. Sachant cela, il paraît bien plus important de se demander comment rendre sa vie quotidienne plus harmonieuse et plus épanouissante en recherchant un moyen direct de l’obtenir plutôt que de se lancer dans une course effrénée à la poursuite d’objectifs symboliques à l’efficacité discutable.

Le plaisir est une composante importante de la qualité de vie, mais il n’apporte pas le bonheur en tant que tel. Le sommeil, le repos, la nourriture et le sexe sont des expériences homéostatiques restauratrices qui permettent à la conscience de retrouver de l’ordre après avoir causé une entropie psychique passagère. Mais elles ne permettent pas de faire croitre l’ego en le complexifiant. Le plaisir aide au maintien de l’ordre de la conscience mais il ne permet pas de créer un nouvel ordre dans cette dernière. La complexité requiert d’investir de l’énergie psychique dans des objectifs nouveaux, qui doivent être relativement motivant.

Pour être en mesure de mieux contrôler la qualité de nos expériences, nous devons être en mesure d’apprendre à construire nous-même notre joie de vivre à partir de ce qui se passe dans notre vie de tous les jours.

Pour atteindre le flux, l’expérience doit nous permettre de réaliser des tâches que nous avons une chance réelle de réussir. Deuxièmement, nous devons être en mesure de nous concentrer sur ce que nous sommes en train de faire. Troisièmement et quatrièmement, la concentration est généralement rendue possible car les tâches à accomplir ont des objectifs clairement définis et procurent un feedback immédiat. Cinquièmement, il faut agir avec un engagement profond mais sans effort qui fait disparaître de l’attention les inquiétudes et les frustrations de la vie quotidienne. Sixièmement, les expériences agréables permettent aux individus d’exercer un sens du contrôle sur leurs actions. Septièmement, la préoccupation pour l’ego disparaît alors que paradoxalement, le sens de l’ego sort grandi de l’expérience de flux une fois cette dernière terminée. Enfin, la perception du temps qui passe se trouve altérée. Les heures se transforment en minutes et les minutes peuvent s’étendre et paraître des heures entières. La combinaison de tous ces éléments créent une joie de vivre tellement intense que les individus qui la ressentent acceptent ensuite de consacrer de gros efforts d’énergie pour simplement être en mesure de la ressentir de nouveau.

Une manière simple de trouver un défi est de se placer dans un environnement compétitif. A bien des égards, la compétition est une bonne manière de développer rapidement de la complexité. Les défis imposés par la concurrence peuvent être stimulants et agréables. Mais dès lors que l’objectif premier devient l’écrasement de la concurrence, la joie procurée par le défi perd peu à peu de sa saveur. La compétition est agréable dès lors qu’elle est considérée comme un moyen de perfectionner ses propres compétences. Lorsqu’elle devient une fin en soi, elle cesse de devenir agréable.

Il serait vain de croire que le sport, l’art ou les loisirs sont les seules activités susceptibles de procurer des expériences optimales. Dans une culture saine, le travail productif et les routines nécessaires de la vie quotidienne sont également sources de satisfaction. L’un des objectifs ultimes du livre est d’ailleurs d’explorer des voies qui permettent de transformer des détails routiniers en jeux procurant du sens et des expériences optimales à l’individu.

Un autre point crucial à retenir en matière d’expérience optimale est que la joie de vivre apparaît à la limite entre l’ennui et l’anxiété, lorsque les défis sont parfaitement en adéquation avec la capacité à agir de la personne.

Une fois les conditions du flux remplies, les personnes qui se trouvent dans cet état décrivent une expérience durant laquelle l’activité devient spontanée, presque automatique. Ils arrêtent d’être conscient d’eux-mêmes en tant qu’entité séparée de leurs actions pour ne plus former qu’une seule entité active.

Bien que l’expérience du flux semble pouvoir être vécue sans effort particulier, la réalité est toute autre. Elle requiert bien souvent une activité physique régulière ou une activité mentale hautement disciplinée. Elle n’apparaît jamais sans l’application d’une performance maitrisée. Toute saute de concentration est de nature à l’effacer aussi rapidement qu’elle a été créée. Dans notre vie quotidienne, nos actions sont bien souvent interrompues par des questions incessantes pour savoir si ce que nous faisons va ou non dans la bonne direction. En état de flux, ces questions n’ont pas lieu d’être. Nul besoin de réflexion lorsque l’action nous porte d’un point à un autre comme par magie.

L’une des conclusions les plus intéressantes des différentes expériences menées par l’auteur est que les activités qui produisent les expériences de flux – même les plus risquées d’entre elles – sont construites ainsi pour permettre au pratiquant de développer des compétences suffisamment efficaces pour réduire la marge d’erreur à un niveau aussi proche que possible de zéro. L’objectif étant par exemple pour un alpiniste d’affiner le plus possible sa faculté à estimer correctement la difficulté d’une ascension sachant que les risques liés à l’environnement naturel sont toujours possibles. L’objectif n’est pas de supprimer totalement le risque objectif mais davantage d’éliminer les risques d’erreur humaine grâce une discipline rigoureuse et une préparation digne de ce nom.

L’élément central d’une expérience optimale, c’est le fait que cette dernière soit une fin en soi. Même si elle est entreprise pour d’autres motifs, l’activité qui nous occupe devient alors une récompense en tant que telle. C’est ce que l’on appelle une activité autotélique. Ce qui fait la différence entre une activité autotélique et une autre, c’est que la personne qui l’exerce concentre son attention sur l’activité en tant que telle et non sur les conséquences de l’accomplissement de cette dernière.

Une activité autotélique diffère des activités que nous avons l’habitude d’accomplir dans notre vie de tous les jours dans la mesure où nous exerçons ces dernières parce que nous n’avons pas le choix ou parce que nous espérons en tirer des bénéfices futurs. Certaines personnes considèrent malheureusement leur travail comme une perte de temps, ce qui ne leur permet pas d’investir leur énergie psychique dans leur activité pour faire en sorte de développer leur personnalité.  Pour certaines, les loisirs sont également une perte de temps. Alors que ces derniers offrent un répit, ils sont parfois consacrés à l’absorption passive d’information sans prendre le temps d’utiliser ses compétences ou d’explorer de nouvelles opportunités d’action. Le résultat de ces comportements inadaptés est une vie transformée en séquence d’expériences ennuyeuses et anxieuses sur laquelle la personne n’a qu’un contrôle très limité.

Les conditions du flux

Les études menées par l’auteur ont démontré qu’une activité caractérisée par le flux procure à celui qui l’exerce un sens de la découverte, le sentiment créatif d’être transporté dans une nouvelle réalité. Le flux pousse la personne vers un niveau de performance très élevé et dans un état de conscience insoupçonné jusqu’alors. En clair, cela permet à notre personnalité de se transformer pour devenir plus complexe. C’est dans cette croissance de l’ego que se trouve la clé des activités génératrices de flux.

L’influence de la culture est également décisive dans la possibilité d’atteindre le flux pour l’individu. Par exemple, bien que l’américain moyen ait à sa disposition pléthore de temps libre, il est extrêmement rare pour ce dernier d’atteindre cet état. Le potentiel pour atteindre le flux ne signifie pas nécessairement que ce dernier sera atteint. La quantité n’est en aucun cas synonyme de qualité. Ainsi, regarder la télévision permet très rarement d’atteindre le flux. Les statistiques sont d’ailleurs éloquentes à ce sujet : les personnes qui exercent une activité professionnelle atteignent le flux – une forte concentration, des défis élevés et équilibrés, des compétences en adéquation, un sens du contrôle et de la satisfaction – 4 fois plus fréquemment que lorsqu’elles regardent la télévision. Il s’agit d’ailleurs de l’un des paradoxes les plus ironiques de notre temps : nous n’avons jamais dans l’histoire du monde disposé d’autant de temps libre et pourtant nous semblons incapables d’utiliser ce dernier à bon escient pour mieux nous épanouir.

Le deuxième facteur décisif pour atteindre le flux concerne la capacité d’un individu de restructurer sa conscience pour lui permettre d’atteindre le flux. Certaines personnes se sentent bien quel que soit l’endroit où elles se trouvent alors que d’autres éprouvent des sentiments diamétralement opposés. Outre les conditions extérieures et la structure de l’activité considérée, il faut donc également prendre en considération les conditions intérieures qui permettent au flux de voir le jour.

Un obstacle majeur au flux concerne l’excès de conscience de soi et plus gravement encore les troubles de l’attention. Une personne qui s’inquiète en permanence de la manière dont les autres la perçoivent, qui a peur de faire mauvaise impression ou de mal faire les choses est condamnée à ne jamais ressentir de satisfaction. Pour de telles personnes, rien n’a de valeur en tant que tel. Une fleur n’a pas d’intérêt si elle ne sert à rien. Un homme ou une femme qui ne permet pas de servir ses propres intérêts ne mérite pas d’attention particulière. La conscience est structurée entièrement en fonction de ses propres fins et rien qui ne se conforme à cela n’est autorisé à exister. L’association entre la capacité de concentration et le flux est donc clairement établie.

Lorsque l’adversité menace de nous paralyser, nous avons besoin de reprendre le contrôle en trouvant une nouvelle direction dans laquelle investir notre énergie psychique, une direction qui se trouve au delà de la portée des forces extérieures. Ainsi, Richard Logan a notamment écrit que le trait de personnalité le plus important des personnes qui survivent à des événements traumatiques est une forme d’individualisme non conscient de lui-même. Les personnes qui possèdent ces qualités sont véritablement en mesure de donner le meilleur d’elles-mêmes quelles que soient les conditions extérieures. Parce qu’elles se sentent intrinsèquement motivées par leurs actions, elles ne sont pas facilement perturbées par les menaces extérieures. Avec suffisamment d’énergie psychique pour observer et analyser leur environnement objectivement, elles ont une meilleure chance de découvrir de nouvelles opportunités pour agir. Au contraire des individus narcissiques qui ne se préoccupent que de leur propre personne, ces personnes utilisent leur énergie mentale pour se sortir des situations les plus problématiques.

Le corps en état de flux

Pour que le flux puisse voir le jour dans le cadre d’une activité physique, les étapes essentielles du processus sont les suivantes :

  • Définir un objectif général puis autant de sous-objectifs que nécessaire,
  • Trouver une manière de mesurer les progrès accomplis en termes d’objectifs choisis,
  • Rester concentré sur ce qui est accompli ou à accomplir et affiner encore et encore les actions à mener pour atteindre l’objectif considéré,
  • Développer les compétences nécessaires pour saisir les opportunités qui se présentent lors de l’accomplissement des tâches,
  • Faire en sorte d’élever le niveau d’exigence si l’activité devient ennuyeuse.

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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