Vivre. La Psychologie du Bonheur (Partie 2)

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Version originale : Flow. The Psychology of Optimal Experience.

Version papier : 377 pages

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Le flux de la pensée

Pour profiter pleinement d’une activité mentale, il faut se placer dans les mêmes conditions que dans le cas des activités physiques. Il faut développer les compétences nécessaires pour atteindre ses objectifs, il doit y avoir des règles précises pour agir en conséquence, un objectif clairement défini et enfin une manière d’obtenir un feedback rapide et régulier. Il faut être capable de se concentrer et de saisir les opportunités en lien avec ses propres compétences.

Il semble important de noter le rôle essentiel de la mémoire dans la capacité d’une personne à atteindre le flux. Un individu qui est en mesure de se souvenir précisément d’histoires, de poèmes, de paroles de chanson, de statistiques de sport, de formules chimiques, de dates d’événements historiques ou encore de citations part clairement avec une longueur d’avance sur une personne qui n’a pas cultivé de telles capacités.

Il peut également s’avérer être extrêmement profitable d’écrire et de le faire pour des raisons intrinsèques. Tout d’abord, l’écriture donne à l’esprit une discipline, un moyen d’ordonner son esprit. Cela donne la possibilité d’enregistrer des événements importants et des expériences dont on pourra ainsi aisément se souvenir et que l’on pourra revivre le cas échéant à l’avenir. C’est une manière d’analyser et de comprendre les expériences vécues, une communication avec soi-même qui apporte de l’ordre à ce qui est vécu. Il est d’ailleurs tout à fait possible d’émettre l’idée que la seule manière pour un écrivain d’atteindre le flux est de recréer un monde de mots dans lequel ce dernier peut s’abandonner en confiance, effaçant de son esprit l’existence d’une réalité troublante.

Il ne faut pas non plus négliger l’importance de tenir une forme de registre du passé pour améliorer la qualité de vie. Cela permet de nous libérer de la tyrannie du moment présent et permet à la conscience de revisiter des moments passés. Il est ainsi possible de préserver en mémoire des moments passés particulièrement plaisants et qui font sens pour nous aider à affronter l’avenir.

Quel que soit le domaine intellectuel concerné, il arrive un moment où chacun d’entre nous est capable de passer du statut de simple consommateur à celui de producteur actif. En philosophie par exemple, lorsqu’un individu prend le temps d’écrire les défis auxquels il est confronté dans sa vie de tous les jours et qu’il est en mesure d’y apporter des réponses appropriées alors le philosophe amateur est en mesure d’éprouver du plaisir en se confrontant à l’une des tâches les dures et les plus gratifiantes de l’existence.

Malheureusement, la plupart des gens arrêtent d’apprendre une fois qu’ils ont quitté l’école. La raison principale avancée par l’auteur est que plusieurs années d’éducation motivée par des raisons extérieures ont fait de l’apprentissage une source de souvenirs désagréables. Leur attention a trop longtemps été manipulée par l’extérieur et le diplôme de degré supérieur ressemble plus à une libération qu’à un accomplissement.

Mais une personne qui abandonne son sens critique et ses compétences symboliques ne peut pas être véritablement libre de penser par elle-même. Ses pensées seront influencées par les opinions de ses voisins, par les éditorialistes des magazines, et par les émissions de télévision. Elle sera ainsi à la merci des experts autoproclamés. Dans l’idéal, la fin de l’éducation motivée par des raisons externes devrait marquer le début de l’éducation motivée par des raisons internes. A ce stade, l’objectif d’une éducation ne devrait plus être l’obtention d’un diplôme ni la quête d’un bon emploi. Mais plutôt la soif de comprendre ce qui se passe autour de soi, de développer un sens personnel à donner aux expériences vécues. C’est ainsi qu’un individu sera en mesure d’éprouver la joie profonde du penseur si bien décrite par les disciples de Socrate.

Quand le travail permet d’atteindre le flux

La quantité de travail mais également sa qualité est hautement variable. Un ancien proverbe italien dit la chose suivante : « Le travail donne à l’homme sa noblesse, mais le transforme en animal. »

Il semble pourtant possible d’atteindre le bonheur grâce à son activité professionnelle. L’étude menée par l’auteur a d’ailleurs démontré que des personnalités qui exercent des professions pourtant peu enviables socialement parviennent à atteindre l’état de flux fréquemment. Ainsi, lorsqu’il a été demandé à une fermière prénommée Serafina ce qu’elle aime par dessus tout dans la vie, cette dernière n’a eu aucun mal à répondre qu’elle prend beaucoup de plaisir à traire les vaches, à les emmener au pré, à élaguer les vergers, ou encore à carder la laine. Les tâches de son quotidien représentent donc ce que Serafina aime par dessus tout dans la vie. Selon ses propres mots, cela lui permet de parler avec les gens, d’être avec les animaux, de se trouver en compagnie de la nature en permanence. Elle se sent entourée et cela lui permet d’être joyeuse et pleine de vie. Lorsqu’il a été demandé à Serafina ce qu’elle aimerait faire s’il lui était donné tout le temps et l’argent du monde, elle sourit et répéta exactement la même liste d’activités que celle citée précédemment. Serafina est loin d’être ignorante du confort de la vie moderne : elle regarde la télévision de temps en temps et lit des magazines. Une bonne partie de ses proches habite également dans les villes voisines et mènent des vies confortables avec tout le confort moderne : voiture, congés exotiques, etc. Mais leur style de vie ne fait pas tellement envie à Serafina : elle se sent parfaitement en accord avec elle-même en vivant la vie qu’elle mène actuellement. Elle se sent à sa place dans l’univers.

Serafina est un excellent exemple de personne ayant développé ce que l’on appelle une personnalité autotélique. En dépit des limites évidentes de son environnement, elle a été en mesure de transformer les contraintes de ce dernier en opportunités pour lui permettre d’exprimer sa liberté et sa créativité. Sa méthode lui permet d’éprouver du plaisir en exerçant son activité tout en le rendant plus riche jour après jour. Pour les personnes qui manquent d’une personnalité autotélique, il est également possible de modifier les conditions de travail pour faire en sorte qu’elles deviennent plus ludiques. Plus un travail ressemble à un jeu avec des défis appropriés et flexibles, des objectifs clairs et des feedbacks immédiats, plus il devient agréable quel que soit le niveau de développement du travailleur.

Ainsi, les chirurgiens exercent une activité professionnelle particulièrement susceptible de permettre à l’individu d’atteindre le flux. Les objectifs sont clairement définis (enlever une tumeur, faire une greffe d’organe, etc.). Une fois l’opération achevée, le feedback est quasi immédiat (succès, échec) et le chirurgien peut ensuite se tourner vers le patient suivant. Au niveau intellectuel, le défi est également permanent. De nombreux chirurgiens ont ainsi exprimé dans le cadre de l’étude leur satisfaction intellectuelle à exercer leur métier se comparant à des joueurs d’échec ou des chercheurs.

Le problème du travailleur moderne réside moins dans sa capacité à trouver le travail qui lui correspond qu’à chercher à éprouver de la satisfaction quel que soit son environnement de travail. Les personnes qui ont appris à apprécier leur activité professionnelle, qui ne gaspillent pas leur temps libre perçoivent généralement leur vie comme un tout d’autant plus valorisant. Comme l’écrit C.K. Brightbill : « L’avenir n’appartient pas seulement à l’homme éduqué mais à l’homme qui a appris à utiliser son temps libre sagement ».

Apprécier la solitude et la compagnie d’autrui 

Les études sur le flux ont démontré de manière répétée que la qualité de vie dépend de 2 facteurs principaux : la manière dont nous percevons notre travail et nos relations avec autrui.

Les relations avec autrui nous rendent d’autant plus heureux lorsqu’elles vont bien et d’autant plus malheureux lorsqu’elles ne vont pas bien. Les gens représentent très certainement l’aspect le plus changeant et le plus fluctuant de notre environnement avec lequel nous devons composer. La même personne peut ainsi faire de notre matinée un enfer et de notre soirée un paradis sur terre. Parce que nous dépendons beaucoup de l’affection et de l’approbation des autres, nous sommes extrêmement vulnérables à la manière dont nous sommes traités. C’est la raison pour laquelle une personne qui apprend à prendre du plaisir en compagnie d’autrui est aussi celle qui améliore la qualité de sa vie le plus sûrement. Les gens ne sont pas seulement importants pour nous lorsqu’ils nous permettent d’atteindre nos objectifs personnels mais ils sont en tant que tel un aspect fondamental de notre bonheur personnel.

La plupart des gens éprouvent un vide immense lorsqu’ils sont seuls, particulièrement lorsqu’ils n’ont rien à faire. Les expériences les plus dures à vivre sont généralement celles que nous vivons lorsque nous nous sentons seuls et/ou mal entourés et que nous ne pouvons rien faire pour changer cela.

La solitude est une expérience extrêmement douloureuse et perçue négativement car il paraît très difficile à chacun de maintenir l’ordre dans sa conscience lorsque nous sommes seuls. Nous avons besoin d’objectifs extérieurs, de stimulation extérieure, de feedbacks extérieurs pour maintenir notre attention et l’investir dans quelque chose qui en vaut la peine. Et lorsque les données extérieures viennent à manquer, l’attention commence à dériver et les pensées deviennent chaotiques. C’est alors l’état d’entropie psychique qui prend le relais et son cortège d’émotions et de pensées négatives.

La solitude représente ainsi le test ultime pour savoir si une personne est en mesure de se créer une vie créative. Une personne qui s’ennuie rarement, qui n’a pas en permanence besoin d’un environnement extérieur stimulant pour apprécier le moment présent, a en quelque sorte passé le test qui lui permet de savoir si elle est en mesure de se créer une vie créative. Etre capable d’utiliser son temps libre pour se développer personnellement est une qualité essentielle pour atteindre le flux. Chaque nouveau défi doit être perçu comme une opportunité d’apprentissage pour apprendre et améliorer ses compétences plutôt que comme quelque chose à éviter à tout prix.

A cet effet, les routines bien pensées peuvent être d’une très grande utilité pour faire avancer ses projets de vie. L’auteur prend ainsi l’exemple de Dorothée, qui vit sur une petite île dans la région isolée des lacs du nord du Minnesota à la frontière avec le Canada. Le plus important dans ce cas est de structurer son temps. Dorothée se lève chaque matin à 5 heures, récolte les œufs du jour, nourrit ses chèvres, récupère un peu de laine, coud, pêche, etc. Dorothée a ainsi appris à maintenir de l’ordre dans un environnement qu’elle ne peut maitriser. Elle passe ainsi ses soirées à lire et à écrire. Les livres lui permettent de s’évader pour un temps. De temps à autre, elle effectue quelques opérations de ravitaillement de nourriture et les visites de quelques pêcheurs du coin lui permettent d’introduire un peu de variété dans son quotidien. La conclusion de cet exemple est que chacun peut survivre à la solitude du moment qu’il trouve une manière de diriger son attention vers quelque chose qui a du sens pour lui et lui évite ainsi d’être envahi par l’entropie responsable de la destruction de l’esprit.

La manière de percevoir la solitude fait également la différence. Si le fait d’être seul est perçu comme une opportunité d’atteindre des objectifs qui ne peuvent être atteints en compagnie d’autrui alors plutôt que d’éprouver un sentiment de solitude, un individu appréciera de se retrouver seul et sera en mesure d’apprendre de nouvelles compétences pendant ce laps de temps. Au contraire, si la solitude est subie négativement et que l’on cherche à tout prix à l’éviter, la personne paniquera et se laissera distraire sans être en mesure d’atteindre un niveau supérieur de complexité.

Les relations familiales demandent une réorientation de l’attention, un repositionnement des objectifs de vie. Lorsque deux personnes sortent ensemble, elles doivent en principe accepter certaines contraintes qu’elles n’auraient pas à subir si elles étaient seules. Les agendas doivent être coordonnées et les plans modifiés le cas échéant. Les raisons extérieures ne doivent pas être les seules à être prises en compte pour se marier et construire une famille. Les opportunités d’épanouissement et de joie sont nombreuses et certaines ne peuvent être expérimentées qu’en fondant une famille. Comme n’importe quel type de jeu, le mariage ne doit pas être perçu comme la perte de la liberté mais davantage comme une nouvelle forme de liberté avec des règles spécifiques qu’il faut avoir à l’esprit pour s’épanouir. Comme l’a écrit Cicéron il y a bien longtemps : « Pour être totalement libre, il faut devenir l’esclave d’un certain nombre de lois. » En d’autres termes, accepter des limites est une manière de se libérer.

Pour atteindre le flux dans sa vie de famille, il faut évidemment se mettre d’accord sur un certain nombre de règles à respecter. Des objectifs positifs doivent être formulés pour permettre aux parents et aux enfants de concentrer et d’investir leur énergie psychique. Certains objectifs peuvent être très génériques et de long terme comme la planification d’un certain style de vie. Pour que cela puisse fonctionner pour chacun, une famille doit à la fois être différenciée et intégrée. Chaque membre doit ainsi pour s’épanouir comme il l’entend en développant les compétences et les traits de personnalité qui lui correspondent. L’intégration doit permettre de garantir que ce qui arrive à un membre rejaillira de manière positive sur le reste de la famille. Outre les objectifs de long terme, il est également impératif de se fixer des objectifs de court terme, comme par exemple acheter un nouveau canapé, prévoir un pique nique, planifier des vacances, ou simplement jouer au scrabble ensemble un dimanche après midi. Il ne faut évidemment jamais oublier l’aspect communication et feedback crucial pour savoir si les objectifs familiaux sont susceptibles d’être atteints ou non.

L’amitié est également une composante essentielle du bien être d’un individu. Le choix des amis est en ce sens tout  à fait crucial. Si une personne ne s’entoure que d’individus qui lui permettent de renforcer son ego, qui ne remettent jamais en question ses rêves ou ses désirs, qui ne le forcent jamais à explorer de nouvelles manières d’être, il rate tout simplement l’opportunité précieuse que l’amitié lui offre d’avancer et d’enrichir sa vie. Un véritable ami est quelqu’un avec qui l’on peut occasionnellement se disputer, quelqu’un qui n’attend pas de nous d’être toujours dans les clous. C’est une personne qui partage nos valeurs et nos rêves et est prête à accepter les risques que l’augmentation de la complexité comporte.

Comme pour la famille, la plupart des gens pensent que les amitiés se font naturellement et que si elles échouent, il n’y a rien d’autre à faire que de se sentir désolé. Pourtant, l’amitié ne se crée pas par hasard, c’est un processus de vie qui doit être cultivé en permanence assidûment pour continuer tout comme le travail ou la famille.

Gérer le chaos

Il peut être tentant de croire qu’il suffit que les événements nous soient favorables pour être heureux. Pourtant, il faut également se demander comment cela est possible lorsque certaines tragédies se produisent.

Dans le cas du stress par exemple, il est possible de différencier 3 types de stratégies pour y faire face. La première concerne le soutien extérieur disponible de l’individu et en particulier le réseau personnel de ce dernier. Une maladie grave peut ainsi être beaucoup mieux vécue par ce dernier s’il a l’assurance d’être bien entouré par des amis et une famille aimante. La seconde stratégie concerne les ressources psychologiques de l’individu comme l’intelligence, l’éducation et des facteurs personnels ad hoc. Déménager dans une autre ville et se faire de nouveaux amis peut par exemple être plus difficile pour un introverti que pour un extraverti. Enfin, le troisième type de stratégie concerne simplement les tactiques mises en place par l’individu lui-même pour mieux gérer le stress.

Il existe 2 types de réponse possible pour gérer le stress. Le premier type de réponse est appelé défense mature alors que le deuxième type est appelé défense régressive. Dans le premier cas, l’individu cherche à analyser le problème logiquement et à réévaluer ses priorités. Il est dans une recherche de solution. Dans le deuxième cas, l’individu se laisse emporter par les émotions et se décharge par exemple sur ses proches. Il se place dans une situation de déni et préfère éviter de penser à ce qui s’est passé. Evidemment, les individus qui sont en mesure d’aller de l’avant et d’apprendre de nouvelles compétences pour se sortir de situations particulièrement difficiles sont ceux qui sont les plus admirés par leurs pairs. Intérieurement, ils sont aussi ceux qui détiennent la recette du succès et du bonheur. Il s’agit donc d’une qualité essentielle et très certainement de la vertu la plus importante à apprendre pour être heureux : la capacité de transformer l’adversité en un défi à relever.

Cette qualité explique en outre pourquoi certains individus se sentent affaiblis par le stress alors que d’autres en sortent d’autant plus motivés. Ceux qui ont appris à transformer une situation désespérée en une activité génératrice de flux sont en mesure de sortir renforcés de ce type de situation. On peut ainsi définir clairement 3 étapes majeures d’une telle transformation :

  • Une réassurance non consciente de soi. Quelles que soient les circonstances, l’individu garde la croyance implicite que sa destinée est entre ses mains. Il ne doute pas de ses propres ressources. Bien que sûr de sa force, il ne reste pas autocentré sur lui. Son énergie n’est pas tant consacrée au contrôle de son environnement qu’à la meilleure manière de vivre en harmonie avec ce dernier.
  • La concentration de son attention sur le monde. Il est difficile d’observer avec acuité son environnement tant que notre énergie psychique est absorbée par les préoccupations et les désirs de l’ego. L’attention de l’individu est en alerte permanente et trie l’information qui lui parvient de son environnement. La concentration de l’individu est entièrement tournée vers l’atteinte de ses objectifs mais ce dernier reste suffisamment ouvert aux événements extérieurs même si ces derniers ne sont pas directement en lien avec ce qu’il tente d’accomplir.
  • La découverte de nouvelles solutions. Il existe 2 réactions possibles pour faire face à une situation susceptible d’engendrer de l’entropie psychique. La première réaction consiste à concentrer son attention sur les obstacles pour trouver une manière de les dépasser et de restaurer l’harmonie dans la conscience. Il s’agit de l’approche directe. L’autre possibilité est de se concentrer sur la situation dans son intégralité pour découvrir si d’autres objectifs ne peuvent pas s’avérer être plus appropriés et si différentes solutions ne peuvent pas être envisagées.

Pour résumer, la personnalité autotélique transforme une expérience potentiellement entropique en flux. C’est la raison pour laquelle les règles pour développer une telle personnalité sont simples car elles reposent sur le modèle du flux :

1. Se fixer des objectifs. Pour expérimenter le flux, un individu doit se fixer des objectifs clairs à atteindre. Une personnalité avec un ego autotélique apprend à faire des choix allant des engagements de vie de long terme comme se marier ou choisir une vocation à des décisions plus basiques telles que l’activité du week-end ou comment utiliser son temps dans la salle d’attente du dentiste sans éprouver ni frustration ni colère. Choisir un objectif revient à reconnaître l’existence de défis. Un objectif et un défi impliquent des compétences à développer pour être en mesure de les atteindre. Pour développer des compétences, il faut prêter attention aux résultats de nos actions et superviser les feedbacks que l’on nous fait. Sans attention particulière accordée aux feedbacks, un individu se détache très rapidement de son système d’actions, il cesse de développer des compétences et devient moins efficace.

2. S’immerger complètement dans l’activité. Après avoir choisi un système d’actions à entreprendre, un individu avec une personnalité autotélique s’implique profondément dans ce qu’il fait. Pour réussir à agir de la sorte, l’individu doit être capable d’équilibrer les opportunités d’action avec les compétences qu’il possède. Certains individus se lancent dans un projet avec des attentes irréalistes et se démotivent après quelques semaines car ils n’ont pas réussi à atteindre leur objectif dans le temps imparti. D’autres stagnent car ils se fixent des objectifs trop faibles pour réussir à complexifier leur ego. Il faut donc trouver un équilibre satisfaisant entre les objectifs que l’on se fixe et les exigences de l’environnement. L’implication de l’individu est grandement facilitée par son aptitude à se concentrer. 

3. Prêter attention à ce qui est en train de se produire. La concentration mène à l’implication qui ne peut être maintenue que par une attention constante. Plutôt que de se préoccuper de son ego ou de se soucier de qu’il est en train de faire, l’individu autotélique est entièrement dévoué à l’atteinte de ses objectifs. L’individu autotélique croit au delà des limites de son individualité en investissant son énergie psychique dans un système dans lequel ce dernier est inclus. Grâce à l’union entre la personne et le système, l’ego émerge à un plus haut niveau de complexité.

4. Apprendre à aimer l’expérience présente. L’avantage d’avoir une personnalité autotélique est d’être en mesure d’aimer la vie que les circonstances extérieures soient rudes et brutales ou non. Contrôler son esprit permet de considérer les événements qui se produisent comme une source potentielle de joie. Pour atteindre un tel niveau de contrôle, il faut faire preuve d’une forte détermination et d’une grande discipline. L’expérience optimale n’est pas la résultante d’une vie hédoniste ou relaxante. Une telle approche n’est pas suffisante pour se défendre contre le chaos de l’esprit. Prendre le contrôle de son attention est une étape nécessaire mais non suffisante pour atteindre le flux. Il faut également faire en sorte de définir un réseau d’objectifs généraux pour pouvoir donner sens à ses activités quotidiennes. L’objectif étant de transformer sa vie en expérience de flux permanente qui permet de lui donner un sens constant. 

Comment donner du sens à sa vie

Si nous sommes en mesure d’apprécier notre activité professionnelle à sa juste valeur et nos amitiés, et que nous considérons chaque défi comme une opportunité de développer de nouvelles compétences, alors il y a de fortes chances que nous vivions une vie proprement extraordinaire. Pour maximiser les chances d’y parvenir, il importe de faire en sorte de transformer sa vie en expérience unifiée de flux. S’il est possible de dire que la vie n’a pas en tant que telle d’objectif ultime, il s’en suit néanmoins que rien ne nous empêche de lui en donner un à titre individuel en fonction des valeurs qui nous animent.

Le sens est un concept très difficile à définir. En règle général, on peut observer que les individus qui estiment avoir une vie pleine de sens sont ceux qui ont un objectif de vie suffisamment ambitieux pour leur donner de l’énergie et donner à leur vie une dimension qu’ils apprécient particulièrement. Evidemment, il ne suffit pas de se fixer un objectif de vie ambitieux et en accord avec ses principes, encore faut-il ensuite faire en sorte d’agir pour relever les défis qui lui sont afférents. Une personne qui se trouve dans une telle situation est généralement en mesure de trouver l’harmonie intérieure. La conscience se trouve alors dans un état d’ordre avancé qui lui permet de ne pas craindre l’imprévu ou même la mort.

La modernité a permis à l’homme d’étendre les possibilités de choix en matière de liberté individuelle. La conséquence malheureuse inévitable de ces possibilités est que nous éprouvons de plus en plus de difficultés à opérer des choix qui nous conviennent parfaitement. La liberté ne signifie pas forcément qu’il devient plus facile de trouver du sens dans notre vie de tous les jours, bien au contraire. La plupart du temps, un individu n’a pas d’autre choix que de faire des tests et de commettre des erreurs pour trouver les objectifs qui lui permettent véritablement de trouver sa voie. La connaissance de soi est un remède si ancien qu’il est particulièrement facile de l’oublier alors que ce dernier est ce qui permet de faire le tri entre nos différents objectifs potentiellement conflictuels.

L’équilibre ultime semble être trouvé lorsque l’individu est en mesure d’équilibrer sa vie entre les périodes d’action et les périodes de réflexion. L’action permet de créer de l’ordre intérieur mais elle a également ses inconvénients. Ainsi, une personne qui prône l’action avant tout peut aussi bien faire en sorte de limiter de manière excessive les options qui s’offrent à elle en prenant des décisions trop rapides. Ainsi en est-il de ces jeunes cadres dynamiques qui se lancent à corps perdu dans le monde professionnel espérant gravir le plus rapidement possible l’échelle sociale et qui se retrouvent à 45 ans se demandant pourquoi ils ont sacrifié les plus belles années de leur vie et leur santé pour une promotion sans doute pas si importante que ça pour eux.

Si les objectifs de vie sont bien choisis et si nous avons le courage de nous y tenir, alors il est pratiquement impossible de se sentir malheureux en chemin tout simplement parce que notre attention est toute entière tournée vers ces derniers. Notre sentiment d’harmonie intérieur prend le dessus sur les événements extérieurs quels qu’ils soient.

L’unification de notre vie autour d’un système d’objectifs à atteindre a été appelé « projet » par les philosophes existentialistes. Le projet est ce qui donne du sens à la vie d’un individu. Il est le jeu qui permet de définir des règles et des actions à accomplir pour expérimenter le flux et identifier ce qui nous rend heureux. Avec un thème de vie à l’esprit, tout ce qui se produit dans notre vie prend un sens. Attention, tous les projets de vie ne permettent pas d’atteindre le flux. C’est la raison pour laquelle les philosophes existentialistes font la différence entre les projets authentiques et les projets inauthentiques. Les projets inauthentiques sont motivés par des raisons extérieures et ne correspondent malheureusement pas au thème de vie qui compte vraiment pour l’individu.

La stratégie pour découvrir ce qui doit être notre projet de vie est tellement simple et évidente que la plupart d’entre nous n’y pensons pas. Il suffit pourtant de s’inspirer de l’information accumulée dans des domaines tels que la culture, la musique classique, l’architecture, l’art, la poésie, la philosophie, la danse ou encore la religion pour découvrir comment les individus qui nous ont précédé sur Terre ont réussi à créer de l’harmonie là où le chaos semblait avoir pris le dessus. Et pourtant la majorité des gens ignorent ces sources intarissables d’exemples pour tenter de donner du sens à leur vie en reconstruisant tout eux-mêmes de A à Z.

Ainsi, la littérature contient de l’information ordonnée en matière de comportement, de modèles de buts à atteindre, et d’exemples de vie réussies unifiées autour d’objectifs ayant du sens pour leurs protagonistes. Il en va exactement de même pour la musique, l’art, la philosophie et la religion pour quiconque est en mesure de développer une réelle compréhension de leurs tenants et aboutissants.

Pour que cette stratégie fonctionne, une personne doit être en mesure d’extraire ce qui fait sens pour le système de croyances du personnage étudié et comparer cette information avec sa propre expérience concrète de la vie tout en faisant en sorte d’en retenir ce qui fait sens pour elle et de rejeter ce qui n’en fait pas.

Conclusion

Depuis des centaines d’années, l’être humain est parvenu à la conclusion qu’il est un être différent de la plupart des être vivants. Ce processus de différenciation désormais terminé, il est temps pour lui de se rendre compte que la complexité consiste également à s’intégrer à son environnement. La tâche la plus importante à laquelle l’homme sera confronté dans les prochaines années sera très certainement d’apprendre à vivre en harmonie avec son environnement.

Il lui faudra reconnaître que l’univers entier est un système avec ses propres lois et que cela n’a pas de sens de vouloir lui imposer ses propres rêves et désirs sans prendre en compte l’existence de ce système.

Reconnaître les limites de la volonté humaine, accepter la coopération plutôt que la domination, devraient nous permettre de retrouver la place qui est la nôtre et que nous n’aurions sans doute jamais dû quitter. Le problème de la quête du sens sera ainsi résolu alors que les individus seront enfin en mesure de s’intégrer complètement dans le flux universel.

A propos de l'auteur...

Thibaud Eigle est le fondateur de l'Ecole des Finances Personnelles. Il a notamment travaillé pendant près de 10 ans dans des domaines aussi variés que l'Audit, la Banque et le Capital Risque. C'est cette expérience riche et multiforme qui lui donne aujourd'hui un regard si complet sur le monde de la finance.

 

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